Père Yannik Bonnet

“Tu ne tueras pas” a une valeur absolue quand il se réfère à la personne innocente. JP II

Un aspect important et délicat de la Justice sociale et du bien commun : que penser de la peine de mort ?



La position de Jean-Paul II

“Tu ne tueras pas” a une valeur absolue quand il se réfère à la personne innocente. JP II
On vient de célébrer en France le 30e anniversaire de l’abolition de la peine de mort. François Mitterrand, candidat à la présidence de la République en 1981, l’avait inscrit dans son programme électoral de gouverne­ment et il a tenu la promesse qu’il avait faite à ses électeurs. À l’époque, les sondages révé­laient que plus de 60 % des Français étaient opposés à cette abolition, ce qui incluait forcément des électeurs ayant voté pour François Mitterrand. Jadis, évoquant cette question déjà débattue depuis la fin du XIXe siècle dans notre pays, un journal avait publié, avec un gros titre à la Une : « Messieurs les assassins, commencez les premiers ! ». La société française estimait donc majoritairement que la peine de mort relevait de la légitime défense et qu’il fallait protéger ses membres de la dangerosité de certains criminels, potentiellement récidivistes. Quant à l’enseignement de l’Église, il reconnaissait « le bien-fondé du droit et du devoir de l’autorité publique légitime de sévir par des peines proportionnées à la gravité du délit, sans exclure dans les cas d’une extrême gravité la peine de mort » (première édition en langue française du Catéchisme de l’Église catholique, 1992).

Mais Jean-Paul II a tenu à ce que cette position soit amendée dans le texte en latin de la rédaction de ce catéchisme et donc la deuxième édition française, celle qui fait foi, a tenu compte de cet amendement. En 1995, dans l’encyclique Evangelium vitæ, le pape s’en est expliqué (n. 56) : « Il est clair que la mesure et la qualité de la peine doivent être attentivement évaluées et déterminées ; elles ne doivent pas conduire à la mesure extrême de la suppression du coupable, si ce n’est en cas de nécessité absolue, lorsque la défense de la société ne peut être possible autrement. Aujourd’hui, cependant, à la suite d’une organisation toujours plus efficace de l’institution pénale, ces cas sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants. Dans tous les cas, le principe indiqué dans le nouveau catéchisme de l’Église catholique demeure valide, principe selon lequel “si les moyens non sanglants suffisent à défendre les vies humaines contre l’agresseur et à protéger l’ordre public et la sécurité des personnes, l’autorité s’en tiendra à ces moyens, parce que ceux-ci correspondent mieux aux conditions concrètes du bien commun et sont plus conformes à la dignité de la personne humaine” ».

La défense de la société et de l'innocent.

“Tu ne tueras pas” a une valeur absolue quand il se réfère à la personne innocente. JP II
La question qui reste posée est donc bien celle de la défense de la société qui est un devoir de l’autorité publique légitime et qui implique qu’on ne libère pas abusivement des criminels, dont la dangerosité est clairement établie et qui risquent de récidiver, faisant de nouvelles victimes. C’est à juste titre que les familles des victimes de criminels libérés, alors que leur dangerosité est avérée, protestent vigoureusement et se mobilisent pour demander une réforme de la législation laxiste, issue de la pensée soixante-huitarde très influente dans certains milieux de la magistrature. Il ne s’agit donc pas de militer pour un rétablissement de la peine de mort, mais bien pour un sérieux amendement de la législation actuelle, de façon à ce que ne soient pas remis en liberté des criminels qui ne tardent pas à récidiver. Dans le n. 57 d’Evangelium Vitæ, le pape Jean-Paul II ajoute : « Si l’on doit accorder une attention aussi grande au respect de toute vie, même de celle du coupable et de l’injuste agresseur, le commandement “Tu ne tueras pas” a une valeur absolue quand il se réfère à la personne innocente. Et cela d’autant plus qu’il s’agit d’un être humain faible et sans défense, qui ne trouve que dans le caractère absolu du commandement de Dieu une défense radicale face à l’arbitraire et à l’abus de pouvoir d’autrui ». Il est donc souhaitable que les représentants élus tiennent compte de cette position et s’applique à réviser le laxisme introduit dans notre législation.

Père Y. bonnet
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