Père Yannik Bonnet

Synode : la collégialité dans l'Eglise au risque des médias



Une création de Vatican II, le synode des évêques.

Le pape François et les cardinaux dans le bus...de la collégialité?
Le pape François et les cardinaux dans le bus...de la collégialité?
Le synode des évêques fut voulu par le pape Paul VI comme intrument de la collégialité dans l'Eglise. On peut lire pour mieux comprendre cet excellent article de F. Mounier dans la Croix, qui redonne l'essentiel à savoir, et marque bien dès le début de l'article la différence fondamentale d'avec la démocratie, tout en permettant de saisir ce qui rapproche la synodalité de nos esprits contemporains toujours attentifs à l'équilibre du consensus et de la liberté d'expression, ce que F. Mounier appelle " forte collaboration", et qui recouvre aussi la notion de communion voulue par Lumen Gentium. Le synode des évêques a une importance non négligeable car il est, avec le Concile Oeucuménique, ce qui rapproche le plus l'Eglise catholique de ses 1000 premières années de fonctionnement. Ce retour aux sources a des conséquences pour l'unité des chrétiens. Sans effacer les 1000 autres années qui suivirent et empêchèrent l'erreur du conciliarisme ( le Concile et la synodalité effaçant l'autorité du Pape voulue elle aussi par le Christ), l'équilibrage qui se fit au Concile Vatican II par rapport au rôle du pape défini au concile Vatican I permet de maintenir depuis l'origine ce qu'on a appelé ecclésiologie de communion.

On a beau jeu de dauber sur la Curie romaine. Un effort prodigieux a été fait, depuis le Concile, pour la réformer. Hélas ! y a-t-il eu un tel effort pour réformer les curies diocésaines ?

Cette citation est tiré d'un article ô combien juste de Louis Bouyer, disponible sur France Catholique. L'article date de...1972. 
Mais la réalité et l'histoire lui ont terriblement donné raison.

Voilà pourquoi aujourd'hui l'Eglise catholique est affligée de tant de maux constatables par les médias et pas inventés mais seulement répercutés, avec anémosité souvent mais pas toujours, car les médias saisissent ce qui correspond à leur nature, et ce que l'avertissement de L. Bouyer a nommé " églises locales" et bureaucraties inhumaines, en contre partie d'Eglise particulière ( le terme utilisé par le Droit canon de 1983, lequel évite ce piège).

Quelle est la teneur de l'avertissement ? traduisons : les Vatileaks, les luttes d'églises locales en perte de communion, les lobbies, sont le fait de cette erreur ainsi définie par L. Bouyer :

"Au contraire de cela, ce que nous avons défini comme l’Eglise locale n’est pas une « Eglise » au sens propre. Ce n’est qu’une collection d’Eglises particulières, lesquelles sont assemblées à ce plan, sans doute en esprit d’Eglise, mais non pas en tant qu’Eglises, mais en tant que communautés d’hommes rapprochés par la race, la langue, la nationalité, la culture, etc. Ce rassemblement est inévitable, voire souhaitable, en tant qu’il peut aider des Eglises particulières à résoudre ensemble les problèmes d’insertion dans leur contexte humain qui leur sont communs. Mais il est gros de dangers. Car, c’est évident, s’il n’est pas utilisé avec prudence, il tend à écraser, où à voiler, la réalité fondamentale de l’Eglise particulière, en même temps qu’à fractionner, et pour autant à dissiper la réalité de foi qui donne son sens à l’Eglise particulière elle-même : celle de l’Eglise universelle, une et catholique, la même partout, dans la diversité des situations humaines. En un mot, la constitution de ce qu’on appelle ici « Eglises locales », nationales ou autres, ne sera bonne que si elle est toujours comprise comme un relais ente la réalité concrète, vivante, humaine de l’Eglise particulière, et la réalité de foi de l’Eglise universelle, dont l’unité et la catholicité ont pour gardienne la collégialité des évêques, réunis autour du Pape et sous sa spéciale responsabilité de l’unité catholique." Louis Bouyer




Ce que les médias dénoncent : les errements d'Eglises locales en perte de communion

On ne peut pas toujours voir les médias comme des ennemis! Le pape François " passe bien dans les médias", au grand damn des médias anti-cléricaux , parce qu'il sait l'origine du problème de communication. Faire passer la nature surnaturelle de l'Eglise dans les médias nécessite de savoir distinguer les effets négatifs du péché et des scandales dans l'Eglise de la communion intangible et indestructible qui lui vient de son institution divine par le Christ. 

Plus la synodalité, la collégialité, l'ecclesiologie de communion définie par Lumen gentium au Concile Vatican II seront effectives, plus la réforme de la curie saura reconnaître aussi son rôle positif, au delà des scandales vrais ou médiatiquement gonflés. C'est ce que Louis Bouyer a fort bien décrit ainsi :

"Mais, surtout, ne serait-ce pas la ruine de toute l’œuvre conciliaire que de substituer simplement à la Curie romaine de quelconques curies babyloniennes qui reproduiraient, voire aggraveraient, son bureaucratisme inhumain, tout en perdant de vue systématiquement ce que la Curie romaine, même en ses pires errements, a toujours gardé : le souci de l’unité catholique de l’Eglise universelle ?"

Le pape François, s'appuyant sur le Concile Vatican II, applique donc les remèdes déjà inclus dans la constitution de l'Eglise sous les termes de synodalité et de collégialité, son fameux C 8 ( les médias ont ainsi surnommé le groupe des huit cardinaux qu'il a appelé à l'aider de plus près) est une expression de collégialité inhérente à la définition-même des cardinaux et de la curie : aider le Pape dans sa tâche en toute communion. A contrario, on peut lire cet article du monde en regardant d'un côté la lecture médiatique ( relevons les termes " méthode de management", " task force", " reformatage de la curie", des notions politiques donc ou d'entreprise, qui traduisent de façon inadéquate le profond travail de collégialité qui va être entrepris. Mais dans ce même article, les portraits des huit cardinaux nous apprennent que certains sont canonistes, d'autres ont déjà réussi à appliquer le " tolérance zero " de Jean-Paul II et Benoît XVI sur la question des prêtres pédophiles. D'autres ont essuyé des échecs dont ils savent tirer une expérience utile. 

Contrairement à ce que les médias pensent, les termes progressisme et conservatisme ne rendent en rien la communion et la collégialité au sein de ce groupe, pas plus que la dialectique qui voudrait les opposer de toute force à la curie italienne. On peut s'attendre à une nouvelle constitution de la curie simplifiée, moins bureaucratique, plus mondiale et appliquant le principe de subsidiarité pour décentraliser l'ensemble sans le démanteler. Et surtout, cette nouvelle constitution de la curie fera appelle à la responsabilité des églises particulières, en diffusant la synodalité et la collégialité en esprit de communion jusque dans les diocèses et les paroisses. C'est ce que Vatican II a appelé " ecclésiologie de communion" et décrit dans Lumen Gentium, la constitution dogmatique sur l'Eglise.
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