Père Yannik Bonnet

Suicides en lien avec le travail ? 3. Père Y. Bonnet



Sous-entraînement à l'effort....

Suicides en lien avec le travail ? 3. Père Y. Bonnet

 

       Dans les deux précédentes chroniques , nous avons identifié deux caractéristiques actuelles  du monde professionnel , qui peuvent jouer un rôle dans l'augmentation des suicides en lien avec le travail . La première , c'est une évidence , c'est l'état actuel de notre économie , qui crée une menace de suppression d'emploi dans de nombreux secteurs professionnels . La seconde , c'est une évolution des modes de management , qui prône une pression permanente et stressante du supérieur sur ses subordonnés en vue de la croissance de leur efficacité . Ceci posé , il semble bien y avoir une autre caractéristique de notre société , qui joue très probablement un rôle non négligeable dans le désarroi de certains de nos compatriotes en milieu de travail , c'est leur "sous entraînement " à l'effort ! 


L'influence des idéologies scolaires

Pensez que beaucoup , dès l'école primaire , ont eu des enseignants , que l'on a soigneusement endoctrinés au cours de leur (dé)formation , pour les persuader que l'apprentissage se devait d'être toujours ludique , dépourvu de rigueur et de répétitions fastidieuses . Par la suite , le passage pratiquement assuré dans la classe supérieure , conditionne les collégiens à l'habitude du moindre effort . Interrogez les enseignants du collège , ils vous diront la difficulté qu'ils rencontrent avec un nombre croissant d'élèves pour maintenir leur attention et leur concentration pendant un temps pourtant limité . Le "zapping" a fait des dégâts et la persévérance devient une vertu rarissime .

    


Suicides en lien avec le travail ? 3. Père Y. Bonnet

   Il faut bien réaliser que cet état de fait remonte maintenant déjà à plus de trente ans . Certains salariés adultes sont entrés dans le monde du travail avec cette mentalité acquise du moindre effort . A cette époque certaines entreprises pouvaient encore supporter la piètre performance d'un nombre limité de salariés et , parallèlement il subsistait des secteurs "protégés" syndicalement , où le rythme de travail était sans commune mesure avec celui des PME ou même des grandes entreprises soumises à une concurrence vigoureuse . Si vous ajoutez à ce constat qu'à l'époque où le changement économique obligeait les pays occidentaux à faire d'importants progrès de productivité , notre France avait , en peu d'années , abaissé l'âge de la retraite , puis diminué le temps du travail hebdomadaire , il ne faut pas s'étonner que , dans la tête de certains , les préoccupations prioritaires concernaient davantage l'organisation des fêtes , sorties , week ends et vacances , plutôt que le souci de perfectionnement professionnel ! 


Le retour à des exigences normales...

Dans un milieu social ainsi "contaminé" , le retour parfois brutal à des exigences normales a certainement provoqué chez certains un choc douloureux , perçu comme injuste , indéfendable . J'ai perçu parfois lors de confidences des uns ou des autres que le rappel par la hiérarchie de l'importance des dites exigences était considéré par les subordonnés concernés comme un "harcèlement" odieux et non pas comme un retour à la normale . Et il s'agissait manifestement de personnes de bonne foi , mais totalement irréalistes . A force de vivre dans le virtuel , entre les fictions et les jeux vidéo , nos contemporains ont tendance à décrocher de la réalité . Le hic , comme disait Lénine , c'est que les faits sont têtus !


Haute considération pour le fait " travail" chez la concurrence émergeante.

 Un de mes amis très chers , qui circule dans le monde entier à des fins professionnelles , me confie que , dans les pays dits émergents , l'ambiance générale est celle d'une haute considération pour la valeur travail . Certes il ne faut pas idolâtrer le travail et lui faire occuper toute la place dans notre vie , au détriment de la relation avec Dieu et avec le prochain , mais si le Christ nous a donné l'exemple d'une vie laborieuse durant dix huit ans dans l'atelier de Nazareth , c'est bien pour nous montrer l'importance du travail pour la personne humaine . La valeur de cette activité fait partie de la doctrine sociale de l'Eglise et Jean Paul II dans l'encyclique "Laborem exercens" l'a mise en valeur de même que Benoit XVI dans "Caritas in Veritate".

   


L'impréparation, une cause de fragilité aux conséquences dramatiques.

  Il est indispensable d'éduquer les enfants puis les adolescents à l'habitude de l'effort . Rien de bon et de solide ne peut se construire sans s'obliger à la qualité de ce que l'on fait , au soin que l'on porte aux choses les plus simples . Le rôle des parents d'abord , des enseignants ensuite ainsi que des mouvements éducatifs divers est primordial. Le monde du travail ne peut tout reprendre à zéro et c'est la une des causes des difficultés de la jeunesse à entrer dans la vie professionnelle . Mais chez les adultes l'impréparation à l'effort persévérant est une cause de fragilité mentale dans un pays comme la France , qui peine à comprendre qu'il a vécu une ère de prospérité facile aujourd'hui terminée . Les suicides qui ont cru dans le monde du travail ont forcément un rapport avec les propos démagogiques concernant la société des loisirs , le "tout ludique" et les droits revendiqués sans contrepartie de devoirs .

Il y a des fragilités qu'une éducation solide peut prévenir , ce qui implique une cohérence famille-école , tout juste à l'opposé de ce que prône un certain Peillon .

Père Y. Bonnet

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