Père Yannik Bonnet

Revaloriser...l'homme.

5ème partie de notre présentation de Caritas in Veritate.



La collaboration de la famille humaine

Revaloriser...l'homme.
Les deux derniers chantiers proposés par le Pape (chapitre V et VI) concernent la collaboration de la famille humaine et la place à assigner à la technique. 
 
Il s’agit du chapitre le plus long de l’encyclique, ce qui montre l’importance que lui attache Benoît XVI. Dès le début, le pape rappelle que la solitude, l’isolement sont une des pires formes de pauvreté, souvent à l’origine de toutes les pauvretés. Le refus de l’amour de Dieu en est la cause majeure : l’homme se ferme sur lui-même, se sent étranger, insignifiant, éphémère, dans un monde constitué par hasard, il a beaucoup de difficultés à aimer et vient grossir le nombre des mal aimés. Or le monde moderne multiplie les interdépendances entre les hommes, comme l’avait remarqué Jean XXIII dans Mater et Magistra . Jean XXIII soulignait le concept positif de socialisation et celui de développement intégral :

"Dans ce but, il est requis que les hommes investis d'autorité publique soient animés par une saine conception du bien commun. Celui-ci comporte l'ensemble des conditions sociales qui permettent et favorisent dans les hommes le développement intégral de leur personnalité. Nous estimons, en outre, nécessaire que les corps intermédiaires et les initiatives sociales diverses, par lesquelles surtout s'exprime et se réalise la « socialisation », jouissent d'une autonomie efficace devant les pouvoirs publics, qu'ils poursuivent leurs intérêts spécifiques en rapports de collaboration loyale entre eux et de subordination aux exigences du bien commun.
 
Il n'est pas moins nécessaire que ces corps sociaux se présentent en forme de vraie communauté ; cela signifie que leurs membres seront considérés et traités comme des personnes, stimulés à participer activement à leur vie."

Socialisation, mais aussi interdépendance accrue.

Revaloriser...l'homme.
Pour faire face à l'interdépendance accrue, l’humanité, coupée de Dieu, développe des idéologies et des utopies au lieu de reconnaître que le développement des peuples exige que ceux-ci forment une véritable et unique famille. Paul VI voyait dans le malaise mondial de la fin des années soixante le signe d’une indigence de la pensée. Benoît XVI appelle donc à un approfondissement de la nature de la relation entre les personnes.

Les sciences sociales ne peuvent mener à bien ce travail, si elles restent coupées de la métaphysique et de la théologie. La Révélation chrétienne montre que la communion des hommes, loin d’anéantir l’autonomie de chacun comme le font les totalitarismes, la valorise. Eh bien ! Il en est de même des peuples et des cultures : au sein de l’Eglise corps vivant, qui unifie la famille humaine, ils conservent leurs légitimes diversités. L’Eglise est signe et instrument de l’unité des trois personnes de la Trinité, dont chacune est unique, en relation avec les deux autres, dans la transparence réciproque et la communion totale : un seul Dieu, unique substance divine en trois personnes. L’expérience humaine de l’union sacramentelle des époux et celle de la Vérité qui unit entre eux tous les esprits qui y adhèrent, nous aide à comprendre que l’ouverture à l’autre exige une relation mutuelle et non une dispersion ou une dialectique.

Tout l'homme et tous les hommes : la vie de l'homme n'a de la valeur que si l'homme a de la valeur.

Revaloriser...l'homme.
Certes, ajoute le Pape, d’autres cultures et d’autres religions prônent la fraternité et la paix mais, sans le principe de l’amour dans la vérité, elles peuvent confiner la personne dans la recherche d’un bien être individuel, dévier dans le syncrétisme, voire dans le fondamentalisme. La liberté religieuse ne signifie pas que les religions sont équivalentes et n’incite pas non plus à l’indifférence religieuse. Il y a un discernement à exercer au niveau de chacun mais également au niveau du pouvoir politique, pour que celui-ci puisse œuvrer pour le bien commun. Le christianisme, religion du Dieu fait homme, porte en lui-même le principe d’un authentique développement de la famille humaine : « tout l’homme et tous les hommes » ; la doctrine sociale de l’Eglise est née pour revendiquer le droit de cité à la religion chrétienne, que beaucoup veulent confiner dans la sphère privée et que certains excluent au nom d’un fondamentalisme oppressant.

La privatisation de la liberté personnelle comme la coupure avec le fondement transcendantal des droits humains appauvrissent la vie publique et empêchent le fructueux dialogue entre la foi et la raison, indispensable pour l’une comme pour l’autre. Au rebours, la pratique sociale de la charité constitue le terrain de choix pour la collaboration croyants - incroyants et c’est pour les croyants un impératif de leur foi, puisque c’est la volonté de Dieu que les hommes vivent comme une famille. Comme le dit Angelo Scola, " la vie de l'homme n'a de valeur que si l'homme a de la valeur", ( Le Mystère des Noces, Communion Parole et Silence 2012, p 202). Alors, revalorisons l'homme par " l'amour riche d'intelligence, et l'intelligence pleine d'amour". ( Caritas in Veritate, 30)

"Face aux phénomènes auxquels nous sommes confrontés, l’amour dans la vérité demande d’abord et avant tout à connaître et à comprendre, en reconnaissant et en respectant la compétence spécifique propre à chaque champ du savoir. La charité n’est pas une adjonction supplémentaire, comme un appendice au travail une fois achevé des diverses disciplines, mais au contraire elle dialogue avec elles du début à la fin. Les exigences de l’amour ne contredisent pas celles de la raison. Le savoir humain est insuffisant et les conclusions des sciences ne pourront pas, à elles seules, indiquer le chemin vers le développement intégral de l’homme. Il est toujours nécessaire d’aller plus loin: l’amour dans la vérité le commande [76]. Aller au-delà, néanmoins, ne signifie jamais faire abstraction des conclusions de la raison ni contredire ses résultats. Il n’y a pas l’intelligence puis l’amour: il y a l’amour riche d’intelligence et l’intelligence pleine d’amour." B VXI

Père Y. Bonnet
 
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