Père Yannik Bonnet

Quand les Papes montent au créneau.

2) Les Papes font régulièrement la synthèse de la Doctrine sociale, ne croyez pas qu'ils le font seuls et sans concertation! Ce gigantesque travail de mise à jour est porté par les catholiques sociaux et les saints du monde entier, afin de transmettre à toute l'Eglise et au monde le trésor de l'Evangile dans la Société.



Comment aider les chrétiens engagés dans le monde temporel à diffuser l'esprit de l'Evangile?

Nous avons vu dans notre article précédent  Doctrine Sociale de l'Eglise, un laboratoire dans un monde explosif ( 1)  les multiples évolutions dont la Doctrine Sociale doit tenir compte pour proposer aux hommes de ce temps, selon l'expression de Gaudium et Spes, le message évangélique de manière adaptée. 
La Doctrine prend en compte ces évolutions et les intègre à sa pensée pour en tirer de nouveaux objectifs d'actions pour les chrétiens engagés dans la construction du monde temporel. 
 

Exemples de prise en compte spécifiques par les papes.


Léon XIII : l'impulsion décisive.

Quand les Papes montent au créneau.
Léon XIII tient compte des " choses nouvelles" ( Rerum Novarum) pour que les catholiques sociaux agissent en évitant les deux écueuils opposés, celui d'un usage incontrôlé de la liberté, celui de l'oppression de cette liberté au nom d'une solidarité dévoyée ( libéralisme et socialisme). 
Le titre donnée à son encyclique fonde aussi l'esprit de la Doctrine Sociale, non pas pour dire que tout ce qui est nouveau serait dangereux, mais pour souligner cette attention de l'Eglise à ce qui se passe en ces temps qu'elle a mission d'évangéliser. 

Pie XI : il a osé parler net et fort.

Quand les Papes montent au créneau.
Pie XI dénonce les systèmes politiques totalitaires qui incarnent des idéologies perverses, Mit Brennender Sorge pour le nazisme, Divini Redemptoris pour le communisme. Outre la clairevoyance du propos, le courage des chrétiens de l'époque déjoua la surveillance de la Gestapo pour diffuser l'encyclique Mit brenneder Sorge simultanément dans les paroisses allemandes. Les persécutions s'intensifièrent à la suite de cette dénonciation d'Hiltler par le pape et permis aux catholiques de se situer. 
 

Jean XXIII : un génie tout en rondeur...

Quand les Papes montent au créneau.
Jean XXIII, très populaire et plein de finesse, prend en compte avec une claire-voyance que sa bonhommie personnelle semblait masquer aux yeux des médias,l'émergence de la socialisation, c'est-à-dire de la multiplication et de la complexité des liens entre les acteurs de la vie sociale et économique ( Mater et Magistra ) Le plan de l'encyclique reprend l'enseignement de Rerum Novarum, ainsi que les apports de Pie XI et Pie XII, selon ce développement organique de la Doctrine Sociale qui lui permet une continuité et une réelle adéquation à ce qui se passe dans le monde. 

Paul VI : au coeur du combat.

Quand les Papes montent au créneau.
Paul VI prend en compte le problème du sous-développement, de la prolétarisation des nations ( Populorum Progressio ) Il parle déjà du développement humain intégral, notion que développe Benoît XVI dans Caritas in Veritate. Caritas in Veritate rend un hommage appuyé à Populorum Progressio ( voir notre article à ce sujet ) et va un peu plus loin. 

Jean-Paul II : le champion des droits de l'homme.

Quand les Papes montent au créneau.
Jean-Paul II prend en compte la multiplication des "zones grises" dans le monde, où l'état de droit n'existe plus, pour se faire le champion des droits de l'homme. Nous avons développé son apport spécifique plus en détail. ( L'apport spécifique de Jean-Paul II à travers ses encycliques sociales, 1 et 2)  

Nova et Vetera : plus loin que les modes idéologiques.

Ce ne sont que quelques exemples parmi un grand nombre de prises en compte spécifiques des papes, montrant la sollicitude maternelle de l'Eglise. 
 
En revanche, la doctrine sociale ne s'interesse pas aux solutions précises en terme de techniques, ni à la conduite de l'action en tant que telle pour solutionner les problèmes ( stratégies, tactiques), car cette étape est du ressort des professionnels compétents. Elle laisse donc à la société humaine le soin de trouver ces solutions et de conduire l'action, se réservant de de relancer l'action en référance aux principes évoqués ci-dessus et qu'elle maintient immuable ( charité, dignité de la personne, subsidiarité, etc), en identifiant les évolutions intervenues depuis ses dernières prises de position. Son jugement critique n'est donc pas une " critique systématique" mais une réflexion approfondie qui n'est pas tributaire de l'air du temps ou des modes. 
 
La doctrine sociale de l'Eglise est une illustration typique de l'expression " nova et vetera". Il y a en elle un fond immuable et en même temps une adpatation permanente à un environnement qui évolue. 
Si l'eglise " en faisait trop", on l'accuserait à juste titre d'ingérence dans la conduite des affaires temporelles et de ne pas respecter son propre principe de subsidiarité, ou l'injonction évangélique sur laquelle est basée la sagesse de son intervention : " Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu". 
 
Si l'Eglise se taisait, on l'assuserait à juste titre de ne pas se " mouiller" pour porter secours aux plus démunis. 
 
Quelle que soit sa position, il se trouvera toujours des adversaires irréductibles. Cependant, les " hommes de bonnes volonté de ce temps" reconnaissent dans sa doctrine sociale des principes universellement applicables et utiles. Quand on les donne sans en citer l'origine, ils trouvent facilement écho chez les coeurs droits. Aux laïcs chrétiens engagés dans la cité de mener ensuite jusqu'à la source ceux que cette sagesse attire. 

Atteindre et bouleverser par la force de l'Evangile.

Quand les Papes montent au créneau.
Nous citons ici Verbum Domini, l'exhortation apostolique de Benoît XVI sur la Parole de Dieu, citation que nous avons pris comme charte de ce parcours sur la Doctrine sociale. 
 
 
"C’est la Parole de Dieu elle-même qui dénonce sans ambiguïté les injustices et qui promeut la solidarité et l’égalité.[328] À la lumière des paroles du Seigneur, reconnaissons donc «les signes des temps» présents dans l’histoire, ne refusons pas de nous engager en faveur de ceux qui souffrent et sont victimes de l’égoïsme. Le Synode a rappelé que s’engager pour la justice et la transformation du monde est une exigence constitutive de l’Évangélisation. Comme le disait le Pape Paul VI, il s’agit «d’atteindre et comme de bouleverser par la force de l’Évangile les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points d’intérêt, les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les modèles de vie de l’humanité, qui sont en opposition avec la Parole de Dieu et le dessein du salut».[329]"( VD 100
 
Voilà pourquoi les Papes montent régulièrement au créneau! 
 
P. Y. Bonnet 
Admin




Les raisons d'être de la Doctrine sociale de l'Eglise. | Les principes de base pour comprendre la DSE. | Comprendre Caritas in Veritate. | L'action des catholiques sociaux en France. | Les Droits de l'Homme au regard de l'Eglise. | Etre heureux au Travail | Evangelii Gaudium et la Doctrine sociale.



Inscription à la newsletter