Père Yannik Bonnet

Pourquoi servir ?



Serait-ce génétique?

Pourquoi servir ?
Cette question m’a été posée par des étudiants, il y a quelque temps, et j’ai senti qu’ils avaient hésité à dire : à votre âge ! C’est la deuxième fois que j’ai à y répondre. La première fois, je me rappelle cela, c’était à Marseille à la suite d’une conférence que j’avais donnée. La journaliste, qui me la posait était manifestement bienveillante, elle savait qu’outre la responsabilité d’une école d’ingénieurs, j’avais de nombreux engagements dans la vie associative et politique et elle se demandait quelle mouche m’avait piqué ! Je me souviens que j’avais pris un temps de réflexion avant de pouvoir répondre. Finalement, je lui ai dit que c’était « de famille », que je descendais en ligne directe d’un officier qui avait combattu à Fontenoy avec un sabre, qui s’était transmis à chaque génération à un officier et que je l’avais reçu de mon père, chirurgien militaire, parce que mon frère aîné, officier bien sûr, avait été tué en Indochine, sans avoir de descendance. Et c’est un de mes deux fils officiers, qui en a hérité à son tour. J’ai dû ajouter, pour faire bonne mesure, que mon frère cadet est jésuite, ordre dont le supérieur est général ! 

Le service, un message autrement réconfortant.

C’est évident que l’exemple familial joue un rôle non négligeable mais il faut ajouter qu’à l’époque de mon enfance et de ma jeunesse, il n’y avait pas que les parents pour nous donner l’habitude du service. Dans nos établissements scolaires catholiques, les prêtres et les professeurs laïcs tenaient le même langage et surtout payaient de leur personne. Servir est un honneur, combien de fois ai-je entendu ce message ! Nos parents ne parlaient pas de pouvoir d’achat, la vie était incomparablement plus austère que maintenant, mais les gens ne se plaignaient pas. Il n’est pas question de penser revenir à un passé qui n’est plus mais de se demander comment aider une immense partie de notre jeunesse à ne pas se perdre dans des voies sans issue, qui les détruisent, les dépriment, leur font perdre l’espérance quand ce n’est pas la vie elle-même.

« Nous avons réussi parce que nous ne savions pas que c’était impossible ! ».

Pourquoi servir ?
Je rencontre chaque année des lycéens et des étudiants et j’essaie de leur faire saisir à quel point le don de soi rend heureux. Servir est un honneur mais également une source de joie, de rencontres exceptionnelles, d’amitiés durables. C’est un facteur de santé physique, morale et spirituelle. Cela conserve la jeunesse d’esprit. Quand j’ai reçu la grâce inouïe de la vocation sacerdotale à plus de 60 ans, cela ne m’a pas effrayé, au fond parce que c’était une nouvelle forme de service qui m’était demandée. La perspective de me retrouver avec des garçons, capables dans le contexte actuel de donner leur vie à Jésus-Christ et à l’Église, alors qu’ils sont en pleine jeunesse, ne pouvait que me stimuler et je n’ai pas été déçu. Quelle joie d’apprendre qu’un de mes condisciples de séminaire vient d’être choisi pour l’épiscopat. Et cela ne s’invente pas, c’est un saint-cyrien de la promotion juste après celle de mon deuxième fils officier. Je considère cela comme un clin d’œil sympathique de mon Créateur ! J’ajoute, quand je discute avec les jeunes, que la vie m’a montré combien les grâces divines ne manquent jamais à ceux qui veulent servir. Elles nous donnent une lucidité dans les options à choisir, dans les moyens à utiliser et les partenaires à inviter. J’aime beaucoup cette phrase : « Nous avons réussi parce que nous ne savions pas que c’était impossible ! ». 

Prier, c'est aussi servir.

Je sais très bien que l’âge m’empêche déjà de faire ce que je faisais naguère et que cela ne s’arrangera pas. Mais je pense à une personne de ma famille, très âgée et devenant progressivement aveugle. Elle continue à servir d’une manière accessible à tous, elle prie inlassablement une grande partie de sa journée et ce n’est pas les intentions de prière qui lui manquent. Et je pense à ma chère épouse, qui a passé son temps de maladie à offrir ce qu’elle vivait pour tous ceux qu’elle aimait. La fin, vous la connaissez : « Bon serviteur, entre dans la joie de ton Maître ! »
Admin




Transmettre un bagage solide. | Nos actions. | Les Fondamentaux de l'éducation. | Les Fondamentaux de la Doctrine Sociale. | Les Fondamentaux de la Foi. | Solidaires dans l'éducation de tout l'homme. | Solidarité Espace Donateurs | Anthropologie | Boutique AESmag | Observatoire



Inscription à la newsletter