Père Yannik Bonnet

Observatoire : connaître les catholiques d'Orient.1) On en parle beaucoup, les connaissons-nous ?



Le saviez-vous? Il y a 23 Eglises catholiques orientales rattachées à Rome, ce qui représente entre 15 et 20 millions de fidèles catholiques.

" On ne peut pas respirer en chrétien, je dirai plus, en catholique, avec un seul poumon; il faut avoir deux poumons, c'est-à-dire oriental et occidental". Jean-Paul II, 31 mai 1980, discours aux différents représentants des autres confessions chrétiennes lors de sa visite en France.
La teneur de cette citation se retrouve dans beaucoup de discours du pape Jean-Paul II. 

Dans l'Eglise catholique, le poumon oriental représente 23 Eglises catholiques orientales en pleine communion avec Rome. Environ 20 millions de fidèles dont la riche tradition orientale a suivi les vicissitudes de l'Histoire. D'abord sur le tronc commun indivis du catholicisme des premiers siècles pour 22 d'entre elles ( seuls les Maronites n'ont jamais été séparés de Rome), puis orthodoxes et ensuite revenus à l'unité catholique, ces églises catholiques orientales représentent un pont pour l'unité des Chrétiens d'un côté, et une résistance au césaro-papisme des Etats de l'autre.

En effet, l'Histoire des 22 églises revenues à l'unité catholique est comme la maquette des deux pôles de l'unité qu'il faut réussir à maintenir : ne pas briser les avancées de l' œcuménisme et la possibilité de l'unité notamment avec le monde séparé orthodoxe en montrant un chemin d'unité qui préserve la richesse et la dignité des Eglises orientales. Ce fut le discours du pape Léon XIII dans un texte remarquable et remarqué : Orientalium Dignitas ( 1894) où le pape Léon XIII posa les pierres de fondements de la conversion des mentalités latines, habituées à la " praestentia ritus latini" : l'idée de la supériorité du rite latin masquait la dignité égale du rite oriental. Aujourd'hui, les Eglises catholiques orientales, quel qu'ait été leur parcours, retrouvent leur place et leur importance théologique dans une mentalité qui évolue dans la direction indiquée par Léon XIII jusqu'à Jean-Paul II : retrouver les deux poumons de l'Eglise dans leur complémentarité. Le pape François, lorsqu'il était cardinal, a eu à s'occuper dans son diocèse, des catholiques orientaux présents sous sa juridiction. Aujourd'hui, en tant que Pape, il montre une grande connaissance du monde catholique oriental et de l' œcuménisme afin de donner à l'ensemble du corps catholique une meilleure respiration.

Catholiques orientaux : résister pour la liberté et pour l'unité.

Les catholiques orientaux sont de grands résistants pour la liberté religieuse, et par cela, des ponts vitaux pour l'unité et l' œcuménisme. Leur expérience sur le terrain est celle de la résistance au césaro-papisme, c'est-à-dire à la tendance historique constante des Etats d'assimiler le pouvoir religieux pour le contrôler. Contre cette assimilation indue au cours des siècles, les Eglises catholiques orientales ont su préserver leur particularisme légitime, leur rite, leur ancrage local, sans être latinisées ( et les pressions pourtant furent fortes!), et sans être étatisées. Entre ces deux pôles de pression, leur résistance et leur parcours est le témoignage de ce qui fonde la liberté religieuse face aux intrusions étatiques, au césaro-papisme, à des formes de totalitarisme politique. Pensons que ces Eglises furent confrontées au Goulag de Staline et résistèrent dans les camps de Concentration : ce fut aussi œcuménisme du sang, rappelé par le pape François. ( Voir ici sur le site Observatoire de la Christianophobie)

La très grande diversité de ces Eglises orientales demandait à être préservée sans émiettement ou dispersion. Ce fut un long travail qui a abouti à la constitution du Code des Canons des Eglises Orientales.

En soi, les avancées de ce code sont une promesse d'unité peu connue et pourtant fondamentale : reconnues comme des Eglises Sui Juris, donc de droit propre, les Eglises catholiques orientales ne sont pas régies par le droit latin mais par leur droit propre, lequel est en union avec le droit catholique sur les points universels, et reste différent sur le droit propre de chacune de ces Eglises. On est loin de l'époque où les Eglises catholiques orientales étaient régies par....la congrégation pour l'Evangélisation des Peuples, comme des terres de mission ! Aujourd'hui, un patriarche d'une Eglise d'Orient a un parcours universel uni à Rome, sans complexe anti-latin et pourtant bien oriental : un exemple avec la biographie et le parcours du patriarche Fouad Boutros Ibrahim Twal, patriarche de Jérusalem des Latins, membre de la congrégation pour les Eglises Orientales.




Communautés pleinement catholiques et pleinement locales.

Depuis 1991, le CCEO assure l'autonomie et l'égalité de dignité historique de ces Eglises : pleinement catholiques, unies au Pape, et pleinement orientales. En témoigne le fait que le CCEO est rédigé en latin et dans la langue de chaque droit propre concerné. Unité ET diversité ! Ce code et le droit reconnu qu'il promeut peut servir de maquette et d'inspiration, ce fut le cas lorsque les Catholiques d'Angleterre demandèrent leur rattachement à Rome : l'ordinariat pour les Anglais repose sur les mêmes principes, à savoir unité sur ce qui est universel, et respect du droit propre, des rites propres, des particularismes légitimes, on se doute que les Anglais y seront attachés! Voici un excellent article sur le Figaro qui permet de mieux appréhender la situation liée à constitution apostolique Anglicanorum Coetibus.  ( 4 novembre 2009). On s'éloigne des Eglises catholiques orientales et de leur code seulement en apparence : le droit canon se sert des mêmes principes dans des formes variées et souples en faveur de l'unité. On sait combien les Anglais tiennent à leur particularisme en tout, mais ils ne sont pas les seuls. D'un autre côté, ils sont toujours pleinement anglais, tout comme les Orientaux souhaitent rester pleinement orientaux. 

Par les Ordinariats, ( solution canonique fréquente dans les Eglises orientales pour le rattachement à Rome), par la notion d'Eglise Sui Juris, de droit propre et de rite non latin, on assiste à une catholicité qui résiste à l'uniformisation comme à l'émiettement politique du fait religieux. Le droit canon devient alors un instrument magnifique au service de la liberté religieuse telle qu'elle a été définie à Vatican II ( Dignitatis Humanae) en pratiquant à l'intérieur de l'Eglise ce qui est demandé à toute société :

"Il est, en effet, manifeste que les peuples sont aujourd’hui portés à s’unir toujours davantage ; que des relations plus étroites s’établissent entre populations de culture et de religion différentes ; que s’accroît la conscience prise par chacun de sa responsabilité personnelle. Pour que des relations pacifiques et la concorde s’instaurent et s’affermissent dans l’humanité, il est donc nécessaire qu’en tous lieux, la liberté religieuse soit sanctionnée par une garantie juridique efficace et que soient respectés les devoirs et les droits suprêmes qu’ont les hommes de mener librement leur vie religieuse dans la société.

Fasse Dieu, Père de tous les hommes, que la famille humaine, à la faveur d’un régime assuré de liberté religieuse dans la société, par la grâce du Christ et la puissance de l’Esprit saint, parvienne à la sublime et éternelle « liberté de la gloire des fils de Dieu » (Rm 8, 21)."

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