Père Yannik Bonnet

Notre Père : " Ne nous laisse pas entrer en tentation" 2) Job



Job, pour distinguer tentation et épreuve.

Jésus à Getsemani
Jésus à Getsemani
Dans notre article précédent, nous avons commencé à regarder la " nouvelle" traduction du Notre Père sous l'angle du contexte théologique, et non pas sous l'angle médiatique du " qui a raison" contre " qui a tort"; le texte du pape émérite Benoît XVI dans son livre sur Jésus de Nazareth résume l'approche théologique à l'origine de la nouvelle traduction. 

" Un regard sur le livre de Job, où se dessine déjà à maints égards le mystère du Christ, peut nous aider à y voir plus clair. Satan se moque des hommes pour ainsi se moquer de Dieu. La créature que Dieu a faite à son image est une créature misérable. Tout ce qui semble bon en elle n'est que façade. En réalité, l'homme, c'est-à-dire chacun de nous, ne se soucie toujours que de son bien-être. Tel est le diagnostic de Satan que l'Apocalypse désigne comme "l'accusateur de nos frères", " lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu;" ( Ap 12, 10). Blasphémer l'homme et la créature revient en dernière instance à blasphémer dieu et à justifier le refus de lui.

Satan se sert de Job, le juste, afin de prouver sa thèse : si on lui prend tout, il va rapidement laisser tomber aussi sa piété. Ainsi, Dieu laisse Satan libre de procéder, mais certes, dans des limites bien définies. Dieu ne laisse pas tomber l'homme, mais il permet qu'il soit mis à l'épreuve."

Dieu ne laisse pas tomber l'homme, mais il permet qu'il soit mis à l'épreuve. La notion de satisfaction vicaire.

Le pape émérite continue en introduisant le thème théologique de la satisfaction vicaire. Voici un petit résumé de cette notion :

Le modèle (juridique) D’ANSELME (satisfactio vicaria / divinis) - (Cf. KASPER, op. cité, 330s): 1 - l’imposition du châtiment : le péché offense Dieu (notion juridique, qui l’assimile au vol, par ex.). La réparation exige non seulement la restitution complète, mais quelque chose de plus (le prix de la douleur) 2 - l’homme pécheur n’est pas capable de satisfaire Dieu pleinement, avec ses seules forces et oeuvres. 3 – La satisfactio est nécessaire à l’accomplissement du dessein de Dieu sur l’homme. Dieu ne peut pas accepter d’avoir créé l’homme en vain. Cette nécessité est identique à la gratuité même de son dessein d’amour et de grâce. 4 – Seul un Dieu-homme peut accomplir la satisfactio qui sauvera l’homme. D’où la nécessité de l’Incarnation. > Le modèle d’Anselme est JURIDIQUE. Modèle de SATISFACTION, mais dans le sens de REPARATION (du désordre du péché) : une justice COMMUTATIVE (réparatrice) et non VINDICATIVE. > Ce modèle sera du reste repris par Thomas d’Aq., qui utilise plutôt que satisfactio le terme de « reparation » (remettre en état l’humanité entière, retour, restauration. Rendre au monde son sens, non à Dieu son honneur… ), et ne lui attribue qu’une convenance (il convenait que Dieu agisse ainsi). Il sera repris par Trente, dans le Décret sur la Justification. ( source, fiche www.dogmatique.net)

Reprenons le texte de Benoît XVI : 

" Très discrètement, implicitement, apparaît ici déjà le mystère de la satisfaction vicair qui prendra toute son ampleur en Isaïe 53 : les souffrances de Job servent à la justification de l'homme. A travers sa foi éprouvée par les souffrances, Job rétablit l'honneur de l'homme. Ainsi, les souffrances de Job sont par avance des souffrance en communion avec le Christ, qui rétablit notre honneur à tous devant Dieu et qui nous montre le chemin, nous permettant, dans l'obscurité la plus profonde, de ne pas perdre la foi en Dieu."

L'amour est toujours un processus de purification.

Le Livre de Job peut aussi nous aider à distinguer entre mise à l'épreuve et tentation. Pour mûrir, pour passer vraiment de plus en plus d'une piété superficielle à une profonde union avec la volonté de Dieu, l'homme a besoin d'être mis à l'épreuve.. Tout comme le jus du raisin doit fermenter pour devenir du bon vin, l'homme a besoin de purifications, de transformations, dangereuses pour lui, où il peut chuter, mais qui sont pourtant les chemins indispensables pour se rejoindre lui-même et pour rejoindre Dieu. L'amour est toujours un processus de purifications, de renoncements, de transformations douloureuses de nous-mêmes, et ainsi le chemin de la maturation. Si François Xavier a pu dire en prière à Dieu : « Je t'aime, non pas parce que tu as à donner le paradis ou l'enfer, mais simplement parce que tu es celui que tu es, mon Roi et mon Dieu », il fallait certainement un long chemin de purifications intérieures pour arriver à cette ultime liberté - un chemin de maturation où la tentation et le danger de la chute guettaient - et pourtant un chemin nécessaire.



La suite du texte de Benoît XVI, comme nous le verrons dans notre prochain article, va plus loin encore. l'épreuve est nécessaire, mais " ma force est limitée"...Le pape émérite, qui certainement parle d'expérience, développe alors la tentation " pour tempérer notre orgueil", et celle " ad gloriam", pour la gloire de Dieu, en union aux souffrances du Christ et toujours pour aider d'autres à surmonter épreuves et tentations. En ce qui concerne la demande du " ne nous laisse pas entrer en tentation", la réponse est donnée dans cette dernière partie du commentaire : " Etre prêt à prendre sur nous le fardeau de l'épreuve" n'a pas le même sens " qu'entrer en tentation".
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