Père Yannik Bonnet

Ne nous laisse pas entrer en tentation. 4) Avec l'épreuve, le moyen d'en sortir.



La nouvelle traduction du Notre Père, officielle à partir du 22 novembre 2013, est l'occasion de réfléchir et de se former sur le sens profond de la sixième demande du Notre Père. Quelle théologie sous-tend cette demande, comment comprendre ce que le Christ nous a enseigné ? Nous continuons de nous baser sur le texte du pape Benoît XVI dans Jésus de Nazareth, sachant que le pape François a fait l'éloge de la théologie de son prédécesseur  en disant que "Benoît faisait de la théologie à genoux" .Spécialement, François a fait l'éloge des trois tomes " Jésus de Nazareth". ( On peut lire aussi ce que  le père Bonnet écrit sur ce livre)

Voici ce que dit le pape François :

Chers frères et sœurs, 

Je vous remercie et je suis content de vous rencontrer, en signe surtout de notre reconnaissance et de notre grande affection pour le pape émérite Benoît XVI.

Je voudrais partager avec vous une réflexion qui me vient spontanément à l’esprit quand je pense au don vraiment singulier que celui-ci a fait à l’Église avec ses livres sur Jésus de Nazareth. 

Je me souviens du jour où sortit le premier volume, certains disaient : «  mais qu’est-ce que c’est ? Un pape ça n’écrit pas de livres de théologie, ça écrit des encycliques!... Le pape Benoît s’était certainement posé le problème, mais dans ce cas aussi, comme toujours, il a suivi la voix du Seigneur dans sa conscience éclairée. Avec ces livres, il n’a pas fait de « magistère » au sens propre du mot, et il n’a pas fait d’étude académique. Il a fait don à l’Eglise, et à tous les hommes, de ce qu’il avait de plus précieux: sa connaissance de Jésus, fruit d’années et d’années d’étude, de confrontation théologique et de prière. Car Benoît XVI faisait de la théologie à genoux, et nous le savons tous. Et il l’a mise à disposition sous une forme la plus accessible possible. 

Personne ne peut mesurer tout le bien qu’il a fait en faisant ce don ; seul le Seigneur le sait! Mais nous en avons tous une certaine perception, pour avoir entendu dire que tant de personnes, grâce aux livres sur Jésus de Nazareth, ont nourri leur foi, l’ont approfondie,  ou se sont même approchés pour la première fois du Christ de manière adulte, en conjuguant ensemble les exigences de la raisons et la recherche du visage de Dieu.

En même temps, l’œuvre de Benoît XVI a stimulé une nouvelle saison d’études sur l’Evangile entre l’histoire et la christologie, et c’est dans ce cadre que s’inscrit aussi votre Symposium, dont je  fais tous mes compliments aux organisateurs et aux intervenants. ( source, Zenit )


L'idée force de Ratzinger selon laquelle Dieu laisse un pouvoir limité au mal : relier Miséricorde et tentation, par la Croix.

Le cardinal Ratzinger, parlant de la miséricorde, avait déjà développé cette idée, à la suite de Jean-Paul II selon laquelle Dieu laisse un pouvoir limité au mal. Ce fut le coeur de son discours juste avant de devenir pape. ( Messe Pro eligendo Pontifice, 19 avril 2005). Voici l'extrait de ce discours qui permet de relier Miséricorde et épreuve, par le biais de la souffrance du Christ. 

"Aujourd'hui s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Ecriture" (Lc 4, 21). Au centre de ce texte prophétique, nous trouvons un mot qui - tout au moins à première vue - apparaît contradictoire. Le Messie, en parlant de lui-même, dit qu'il a été envoyé "proclamer une année de grâce de la part de Yahvé et un jour de vengeance pour notre Dieu" (Is 61, 2). Nous écoutons, avec joie, l'annonce de l'année de grâce:  la miséricorde divine pose une limite au mal - nous a dit le Saint-Père. Jésus Christ est la miséricorde divine en personne:  rencontrer le Christ signifie rencontrer la miséricorde de Dieu. Le mandat du Christ est devenu notre mandat à travers l'onction sacerdotale; nous sommes appelés à promulguer - non seulement à travers nos paroles mais également notre vie, avec les signes efficaces des sacrements, "l'année de grâce du Seigneur". Mais que veut dire Isaïe lorsqu'il annonce un "jour de vengeance pour notre Dieu"? Jésus, à Nazareth, lors de sa lecture du texte prophétique, n'a pas prononcé ces paroles - il a conclu en annonçant l'année de grâce. Peut-être cela a-t-il été le motif du scandale qui a eu lieu après sa prédication? Nous ne le savons pas. Quoi qu'il en soit, le Seigneur a offert son commentaire authentique à ces paroles avec sa mort sur la croix:  "Lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps...", dit saint Pierre (1 P 2, 24). Et saint Paul écrit aux Galates:  "Le Christ nous a rachetés de cette malédiction de la Loi, devenu lui-même malédiction pour nous, car il est écrit:  Maudit quiconque pend au gibet, afin qu'aux païens passe dans le Christ Jésus la bénédiction d'Abraham et que par la foi nous recevions l'Esprit de la promesse" (Ga 3, 13sq).

La miséricorde du Christ n'est pas une grâce à bon marché, elle ne suppose pas la banalisation du mal. Le Christ porte dans son corps et sur son âme tout le poids du mal, toute sa force destructrice. Il brûle et transforme le mal dans la souffrance, dans le feu de son amour qui souffre. Le jour de la vengeance et de l'année de grâce coïncident avec le mystère pascal, dans le Christ mort et ressuscité. Telle est la vengeance de Dieu:  lui-même, en la personne du Fils, souffre pour nous. Plus nous sommes touchés par la miséricorde du Seigneur, plus nous devenons solidaires de sa souffrance - et plus nous somme prêts à compléter dans notre chair "ce qu'il manque aux épreuves du Christ" (Col 1, 24).


Ne nous laisse pas entrer en tentation : " Pensons au Pharisien qui parlait à Dieu de ses propres oeuvres", l'épreuve pour purifier.

Le même thème de la souffrance rédemptrice est développé dans la différenciation épreuve/tentation ( Jésus de Nazareth, p 187, Flammarion) :

" En prenant la mesure de la forme psychologique de la tentation, saint Cyprien développe deux raisons différentes pour lesquelles Dieu accorde un pouvoir limité au mal. Tout d'abord pour nous punir de nos fautes, pour tempérer notre orgueil, afin que nous redécouvrions la pauvreté de notre foi, de notre espérance, de notre amour, et pour nous empêcher de nous imaginer que nous pourrions être grands par nos propres moyens. Pensons au pharisien qui parlait à Dieu de ses propres oeuvres et qui croyait pouvoir se passer de la grâce.



La tentation ad gloriam, l'épreuve rédemptrice, en communion avec le Christ.

Malheureusement, Cyprien ne développe pas plus longuement ce que signifie l'autre forme d'épreuve, la tentation que Dieu nous impose ad gloriam, pour sa gloire. Mais ne devrions-nous pas considérer ici que Dieu a imposé une charge particulièrement lourde de tentations aux personnes qui lui sont plus proches, aux grands saints, à commencer par Antoine dans le désert jusqu'à Thérèse de Lisieux dans l'univers pieux de son carmel? 

Ils se tiennent en quelque sorte dans l'imitation de Job, comme une apologie de l'homme qui est en même temps une défense de Dieu. 

Plus encore, ils se tiennent d'une façon toute spéciale dans la communion avec Jésus Christ, qui a vécu nos tentations dans la souffrance.

Ils sont appelés à surmonter, pour ainsi dire dans leur corps, dans leur âme, les tentations d'une époque, de les porter pour nous, les âmes ordinaires, jusqu'au bout et de nous aider à aller vers celui qui a pris sur lui notre fardeau à tous.

Lorsque nous disons la sixième demande du Notre Père, nous devons nous montrer prêts à prendre sur nous le fardeau de l'épreuve, qui est à la mesure de nos forces. D'autre part, nous demandons aussi que Dieu ne nous impose pas plus que nous ne pouvons supporter, qu'Il ne nous laisse pas sortir de ses mains. Nous formulons cette demande dans la certitude confiante, pour laquelle saint Paul nous a dit : " Et Dieu est fidèle : Il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de ce qui est possible pour vous. Mais avec l'épreuve, Il vous donnera le moyen d'en sortir et la possibilité de la supporter." ( 1 Co 10, 13)

Benoît XVI, Jésus de Nazareth, p 188, Flammarion.


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