Père Yannik Bonnet

Marie, de la Résurrection à la Pentecôte : elle a porté l'Eglise comme elle a porté son Fils. Père Y. Bonnet



Elle a porté l'Eglise comme elle a porté son Fils
Elle a porté l'Eglise comme elle a porté son Fils

A.Itinéraire de Marie de la naissance de Jésus au Golgota

On peut imaginer l’inquiétude de Joseph lorsque parut l’édit de César Auguste concernant le recensement ( Lc 2) car la grossesse arrivait à son terme. Mais de même que plus tard Jésus se soumettra aux autorités civiles et religieuses, Marie ne discute pas et "ne se fait pas porter pâle". Elle accepte tout, le voyage long et difficile, le froid de l’hiver, l’absence de place et d’hospitalité à Bethleem et la naissance dans la grotte de son Fils bien-aimé.

Mais elle retient tout ce qui est positif et notamment la visite des bergers, conduits par les anges, ainsi que leurs propos concernant l’enfant. Huit jours plus tard, c’est la circoncision et la présentation au Temple, qui vont donner à Marie l’occasion de " s’étonner" des propos de Syméon et d’Anne de Phanuel. Attention au sens à donner au terme " s’étonner". Dans le texte grec, ce n’est pas une surprise mais un émerveillement notamment devant le fait que l’Esprit fasse connaître à d’autres le salut en marche. Marie vit constamment du Magnificat et voit dans les autres les merveilles de Dieu. Mais elle obtient aussi la confirmation que ce salut se fera dans la contradiction et la souffrance et cela ne peut pas surprendre celle dont le coeur est immaculé et qui n’a pu manquer de s’apercevoir que le monde est profondément pécheur.

Quelques mois après la naissance de Jésus arrivent à Jérusalem des sages dont on peut penser qu’ils attendent mystérieusement un roi des Juifs digne d’adoration ( Lc 2, 1-2). Pour ce qui concerne notre propos, plusieurs éléments retiennent l’attention. La Juive Marie trouve normal de voir des non juifs venir adorer son fils. En cela, l’Esprit de la Pentecôte repose déjà sur elle ( et sur saint Joseph). La mère du Sauveur trouve d’autre part naturel que Joseph soit traité en chef de famille par le Seigneur et qu’il prenne les décisions les concernant tous les trois. Elle part de nuit pour l’exil en Egypte sans discuter car elle sait le rôle de protecteur de la sainte Famille donné par l’Esprit saint à Joseph. De même qu’elle a dû, à cause de l’édit, quitter précipitamment Bethleem pour Nazareth, ce qui n’a pu manquer de provoquer des difficultés professionnelles à Joseph, ils vont devoir vivre en immigrés en Egypte jusqu’à la mort d’ Hérode. Le retour ne se fera pas en Judée, où la Sainte Famille avait dû s’adapter, mais de nouveau à Nazareth. De même que le Fils de l’homme n’aura pas de pierre où reposer sa tête, Marie est sans cesse bousculée par le plan divin auquel elle obéit et adhère totalement.

Puis les évangélistes sont totalement muets sur la période de l’enfance et de la vie cachée de Jésus, à l’exception d’une dizaine de versets dans la fin du chapitre 2 de Saint Luc. Au début et à la fin de ce passage, il est signalé par l’auteur que l’enfant grandit en taille, en âge et en sagesse. Mais le coeur de la fin de ce chapitre nous intéresse car il nous signale que, dès sa majorité religieuse ( douze ans chez les Juifs), le jeune Jésus saisit l’occasion d’avertir ses parents qu’il se doit " aux choses de son Père". Dans l’émotion de l’inquiétude et la joie des retrouvailles, Marie ne comprend pas immédiatement, mais, comme à son habitude, " elle garde ces choses en son coeur", laissant l’Esprit Saint l’éclairerdans des profondeurs que nous ne soupçonnons pas. C’est ainsi qu’aux noces de Cana, vingt ans plus tard, elle recevra et méditera encore dans son coeur les paroles et le premier miracle de son Fils, toutes en corrélation avec l’Esprit Saint et l’oeuvre du Salut. " Femme, mon heure n’est pas encore venue". " Faites tout ce qu’Il vous dira" : combien Marie a dû avancer dans les profondeurs du mystère du Christ !

Les trois synoptiques restent discrets sur l’existence de Marie durant la vie publique de Jésus. Mais une première chose est certaine : dans la ville de Nazareth, le Messie n’est pas reconnu ( Mt 13, 53 ; Mc 6, 1-6 ; Lc 4, 16-30). De ce fait, les " siens" sont gênés car on le traite d’exalté ( Mc 3, 21). On imagine la pauvre Marie essayant d’empêcher ses " frères" ( ses cousins, au sens juif et biblique) d’entraver la mission de Jésus. " Ma mère, mes frères, ce sont ceux qui font la volonté de mon Père ( Mt 12, 46 ; Mc 3, 35) qui mettent en pratique la Parole de Dieu". Cette phrase doit être considérée comme une remontrance pour la famille mais certainement pas pour Marie, la docile à la Parole de Dieu. De même, la réponse de Jésus à la femme qui s’écrie : " Bienheureux le sein qui t’a porté, les mamelles qui t’ont allaité" met en exergue et en valeur, par contraste, la parfaite obéissance et mise en pratique de la Parole par Marie, première disciple en l’Esprit Saint de son divin Fils.

Saint Jean l’évangéliste montre Marie au début et à la fin de la mission du Fils, à Cana et au Golgotha. A Cana, Jésus confirme qu’il est désormais engagé dans sa mission. Comme nous l’avons dit plus haut, Jésus appelle sa mère " femme" et lui dit " Qu’y-a-t-il de commun de moi à toi ?" C’est bien lui le Rédempteur, et ce qu’il y a de commun entre eux, c’est le Salut, mais en situant Marie bien à sa place, qu’elle exprime dans sa réponse : " Faites tout ce qu’Il vous dira". L’humilité de Marie obtient le premier miracle publique de l’oeuvre du Salut et de la mission du Fils. Mais " son heure n’est pas encore venue", et il faudra que Marie aille elle aussi jusqu’au Golgotha par Amour pour l’humanité.

Trois années plus tard, l’oeuvre rédemptrice atteint son apogée au Golgotha. Marie ne s’est pas dérobée malgré la haine des pécheurs endurcis et la douleur d’assister au supplice de son Fils bien-aimé. A ce moment, elle donne toute la mesure à sa coopération à l’oeuvre du salut pour laquelle l’Esprit Saint l’a préparée depuis le début. Avec son coeur aimant et douloureux, elle offre son Fils au Père et s’associe à l’oeuvre du Salut. Elle accomplit la prophétie de Syméon. Pendant ces trois années, elle a vu son Fils persécuté et haï, abandonné par les Apôtres-renié par Pierre, trahi par Judas-Elle est là au pied de la croix en attitude d’offrande silencieuse. Et par la Parole de ce Fils bien-Aimé, elle s’entend passer de la maternité charnelle à la maternité spirituelle de toute l’Eglise en train de naître, personnifiée par le disciple préféré : " Femme, voici ton fils".


B. De la résurrection à la Pentecôte.

Jean-Paul II nous enseigne qu’après " la déposition de Jésus au Sépulcre, Marie reste seule à entretenir la flamme de la foi(…) L’attente vécue le Samedi saint constitue l’un des moments culminants de la foi de la Mère du Seigneur. (…) Elle se confie pleinement au Dieu de la vie. (…) Elle espère dans la pleine réalisation des promessses divines." ( Redemptoris Mater, 157) Même si les évangélistes n’en parlent pas, le Pape estime" légitime de penser que Marie a été vraisemblablement la première personne à laquelle Jésus ressuscité est apparu" ( Redemptoris Mater , 168). Il cite à l’appui de cette assertion un auteur du Veme siècle, Sedulius, qui se fait certainement l’écho d’une tradition orale venue du confident de Marie, saint Jean.( Sedulius est un poète qui compose un hymne biblique , Carmen Paschale, il met également les évangiles en vers latins) Même constatation lors de l’Ascension du Seigneur ; la présence de Marie n’est pas mentionnée, mais n’en doutons pas, elle était là.

Immédiatement après l’Ascension, les Apôtres retournent à Jérusalem pour attendre la venue du Paraclet. " Tous persévéraient d’un même coeur dans la prière, avec les femmes, dont Marie la Mère de Jésus…" ( Actes 1, 14) Nous fiant toujours à la tradition liturgique de l’Eglise, qui considère le temps pascal comme " un seul jour" ( de Pâques à la Pentecôte), nous pouvons affirmer que Marie, lex orandi, lex credendi, a été au centre de la vie spirituelle de la première communauté chrétienne. Comme l’a proclamé Paul VI, elle a été la Mère de l’Eglise quand celle-ci est née du côté transpercé du Sauveur.Elle a " porté " cette Eglise du départ de son Fils ( Ascension) jusqu’à la réception de l’Esprit-Saint ( à la Pentecôte)comme elle a porté son Fils Jésus de l’Annonciation au Golgotha.

Après quoi, sa mission de coopératrice de la Rédemtion objective étant terminée, celle de coopératrice de la Rédemption subjective pouvait commencer. Tout le parcours de Marie sur terre aboutit à la Pentecôte et se parachèvera à l’Assomption.


Père Y. Bonnet

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