Père Yannik Bonnet

Lumen Fidei : le dialogue entre foi et raison, Saint Augustin à l'honneur



Au plus profond du coeur de l’expérience de chaque homme

Saint Augustin ou l'inquiétude sainte  de Dieu et de l'autre
Saint Augustin ou l'inquiétude sainte de Dieu et de l'autre


L'importance du dialogue avec la pensée grecque est à nouveau soulignée comme une interaction bénéfique :

 "La rencontre du message évangélique avec la pensée philosophique du monde antique fut un passage déterminant pour que l’Évangile arrive à tous les peuples. Elle favorisa une inter- action féconde entre foi et raison, interaction qui s’est toujours développée au cours des siècles jusqu’à nos jours" § 32

L'encyclique résussit à nous rendre les bases de notre foi et de notre philosophie, de façon accessible. le lien avec l'amour n'est pas oublié, et une phrase ciselé comme un joyau vient rappeler le caractère central de l'union au Christ :


"Dans ce mouvement circulaire, la lumière de la foi éclaire toutes nos relations humaines, qui peuvent être vécues en union avec l’amour et la tendresse du Christ." § 32

L'importance de Saint Augustin.

La figure de Saint Augustin rayonne particulièrement sur la comphréhension de la philosophie grecque et donne chair aux explications qui ont précédées. Nous citons donc tous le passage qui permet de mieux connaître Saint Augustin, en ajoutant le lien vers l'article de Zenit qui redonne de façon historique et vivante la manière de voir Saint Augustin qu'à le pape François, dans le portrait qu'il a fait lors de l'ouverture du congrès Augustinien à Rome le 28 Aout 2013. Les deux textes ensemble donnent l'historicité et l'actualité de la figure de ce saint. Notons dans la belle homélie du pape françois l'application très concrète de la sainteté " à la façon de saint Augustin" :

"Le trésor d’Augustin est justement cette attitude : sortir toujours vers Dieu, sortir toujours vers le troupeau… C’est un homme en tension, entre ces deux sorties ; ne pas "privatiser" l’amour… toujours en chemin ! Toujours en chemin. Toujours inquiet ! C’est la paix de l’inquiétude. Nous pouvons nous demander : suis-je inquiet pour Dieu, pour l’annoncer, pour le faire connaître ? Ou est-ce que je me laisse séduire par cette mondanité spirituelle qui pousse à faire tout par amour de soi-même ? Nous consacrés pensons aux intérêts personnels, au fonctionnalisme des oeuvres, au carriérisme. Tant de choses auxquels nous pouvons penser… Je me suis pour ainsi dire "assis" dans ma vie chrétienne, dans ma vie sacerdotale, dans ma vie religieuse, dans ma vie de communauté, ou bien est-ce que je garde la force de l’inquiétude pour Dieu, pour sa Parole, qui me porte à "aller à l’extérieur", vers les autres ?" Homélie du 28 Août 2013.

"Non pas de façon abstraite, non seulement en paroles, mais le frère concret que nous rencontrons, le frère qui est à côté de nous ! Est-ce que nous nous laissons inquiéter par leurs nécessités ou bien nous restons fermés en nous-mêmes, dans nos communautés, qui souvent sont pour nous "communauté-confort"? On peut parfois vivre dans une copropriété sans connaître celui qui vit à côté de soi; ou on peut être en communauté, sans connaître vraiment son confrère : je pense avec douleur aux consacrés qui ne sont pas féconds, qui sont "vieux garçons". L’inquiétude de l’amour pousse toujours à aller à la rencontre de l’autre, sans attendre que l’autre manifeste son besoin. L’inquiétude de l’amour nous offre le don de la fécondité pastorale, et nous devons nous demander, chacun de nous : comment va ma fécondité spirituelle, ma fécondité pastorale?" idem

Le passage de l'encyclique sur Saint Augustin

Détail de la conversion de saint Augustin.
Détail de la conversion de saint Augustin.

33. Dans la vie de saint Augustin, nous trouvons un exemple significatif de ce cheminement au cours duquel la recherche de la raison, avec son désir de vérité et de clarté, a été intégrée dans l’horizon de la foi, dont elle a reçu une nouvelle compréhension. D’une part, saint Augustin accueille la philosophie grecque de la lumière avec son insistance sur la vision. Sa rencontre avec le néoplatonisme lui a fait connaître le paradigme de la lumière, qui descend d’en-haut pour éclairer les choses, et qui est ainsi un symbole de Dieu. De cette façon saint Augustin a compris la transcendance divine et a découvert que toutes les choses ont en soi une transparence, et qu’elles pouvaient, pour ainsi dire, réfléchir la bonté de Dieu, le Bien. Il s’est ainsi libéré du manichéisme dans lequel il vivait auparavant et qui le disposait à penser que le mal et le bien s’opposent continuellement, en se confondant et en se mélangeant, sans avoir de contours précis. Comprendre que Dieu est lumière lui a donné une nouvelle orientation dans l’existence, la capacité de reconnaître le mal dont il était coupable et de s’orienter vers le bien.

D’autre part, cependant, dans l’expérience concrète de saint Augustin, que lui-même raconte dans ses Confessions, le moment déterminant de sa marche de foi n’a pas été celui d’une vision de Dieu, au-delà de ce monde, mais plutôt le moment de l’écoute, quand dans le jardin il entendit une voix qui lui disait : « Prends et lis » ; il prit le volume contenant les Lettres de saint Paul et s’arrêta sur le treizième chapitre de l’Épitre aux Romains;  Se révélait ainsi le Dieu personnel de la Bible, capable de parler à l’homme, de descendre pour vivre avec lui et d’accompagner sa marche dans l’histoire, en se manifestant dans le temps de l’écoute et de la réponse.

Et pourtant, cette rencontre avec le Dieu de la Parole n’a pas amené saint Augustin à refuser la lumière et la vision. Guidé toujours par la révélation de l’amour de Dieu en Jésus, il a intégré les deux perspectives. Et ainsi il a élaboré une philosophie de la lumière qui accueille en soi la réciprocité propre de la parole et ouvre un espace de liberté du regard vers la lumière. De même qu’à la parole correspond une réponse libre, de même la lumière trouve comme réponse une image qui la réfléchit. Saint Augustin peut se référer alors, en associant écoute et vision, à la « parole qui resplendit à l’intérieur de l’homme » . De cette manière, la lumière devient, pour ainsi dire, la lumière d’une parole, parce qu’elle est la lumière d’un Visage personnel, une lumière qui, en nous éclairant, nous appelle et veut se réfléchir sur notre visage pour resplendir de l’intérieur de nous-mêmes. D’ailleurs, le désir de la vision de la totalité, et non seulement des fragments de l’histoire, reste présent et s’accomplira à la fin, quand l’homme, comme le dit le saint d’Hippone, verra et aimera . Et cela, non parce qu’il sera en mesure de posséder toute la lumière, qui sera toujours inépuisable, mais parce qu’il entrera, tout entier, dans la lumière.


Vérité et Amour à nouveau : sortir des totalitarismes par l'amour.

"Une vérité commune nous fait peur, parce que nous l’iden tifions avec l’imposition intransigeante des totalitarismes. Mais si la vérité est la vérité de l’amour, si c’est la vérité qui s’entrouvre dans la rencontre personnelle avec l’Autre et avec les autres, elle reste alors libérée de la fermeture dans l’individu et peut faire partie du bien commun. Étant la vérité d’un amour, ce n’est pas une vérité qui s’impose avec violence, ce n’est pas une vérité qui écrase l’individu. Naissant de l’amour, elle peut arriver au coeur, au centre de chaque personne. Il résulte alors clairement que la foi n’est pas intransigeante, mais elle grandit dans une cohabitation qui respecte l’autre."
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