Père Yannik Bonnet

Loi naturelle : le concile Vatican II et les hommes de bonne volonté.



A tous les hommes de bonne volonté

Loi naturelle : le concile Vatican II et les hommes de bonne volonté.
Le Concile Vatican II a eu l’immense rôle de mobiliser le collège épiscopal du monde entier, pour que celui-ci à son tour engage les catholiques à transformer le monde en gérant les affaires temporelles dans l’esprit de l’Evangile. Parallèlement le Pape Jean XXIII, qui avait pris l’initiative du concile, insistait sur l’importance de la loi naturelle, un des piliers de la doctrine sociale de l’Eglise et surtout celui qui est accessible à tous les hommes de bonne volonté, qu’ils aient ou non la foi. D’ailleurs, l’encyclique « Pacem in terris » était adressée à tous les hommes de bonne volonté et leur disait en substance « nous ne vous demandons pas d’avoir la foi, qui est au demeurant un don de Dieu. Nous vous demandons de venir avec nous construire la civilisation de l’Amour. ».

Au passage, nous pouvons remarquer que cette adresse aux hommes de bonne volonté, reprend, mais en l’inversant, la démarche que le chef du parti communiste français, Maurice Thorez, avait entreprise auprès des travailleurs chrétiens dans les années trente : « Travailleur chrétien, tu peux garder ta foi, nous ne te demandons pas de l’abandonner. Mais, viens travailler avec nous à la lutte des classes, qui prépare l’avènement de la société sans classes. »
 
Cette ligne d’action a été poursuivie, amplifiée, appliquée à tous les secteurs de la vie politique, économique et sociale, par Paul VI et Jean-Paul II. Dans la lettre apostolique de Jean-Paul II, relative à l’entrée dans le 3e millénaire, on retrouve les mêmes accents. C’est une exigence de charité que de contribuer, pour les catholiques, à relever tous les défis actuels, nouvelles pauvretés, analphabétisme, exclusion, désastres écologiques, drogue, désespérance, solitude, faim, maladie etc. Laïcs, engagez vous, respectez l’autonomie de la société civile mais contribuez à son bon fonctionnement en suivant les enseignements de la doctrine sociale de l’Eglise.

Un paradoxe

Repartir du Christ...Benoît XVI développe la consigne et la direction donnée par le Concile.
Repartir du Christ...Benoît XVI développe la consigne et la direction donnée par le Concile.
 
Il est significatif de constater que ce même document précise que le préalable à cette action consiste à « repartir du Christ », c’est-à-dire en premier lieu à rechercher la sainteté par la prière, l’écoute de la parole et la vie sacramentelle. Nous tenons avec ces deux volets des recommandations de Jean-Paul II, relatives à l’engagement des laïcs, à savoir sainteté personnelle et fidélité à l’enseignement social de l’Eglise, la clef d’explication d’un paradoxe actuel.

Le paradoxe est le suivant. Dès la première encyclique sociale Rerum Novarum, il y a eu chez  tous les non-chrétiens de bonne volonté, ouverts, c’est-à-dire non murés dans une idéologie envahissante, un accueil allant de la sympathie à l’enthousiasme pour cette pensée sociale de l’Eglise. Les grandes encycliques sociales, qui ont suivi Rerum novarum, les innombrables radio-messages de Pie XII, l’engagement de Paul VI pour les pays en voie de développement et de Jean-Paul II pour les droits de l’homme, ont mobilisé les foules et les médias sur tous les continents.

A contrario, dans les pays chrétiens par tradition historique, il s’est produit, après les belles années du militantisme d’action catholique, un refroidissement considérable de l’enthousiasme et, ceci, à deux niveaux. Au niveau des intellectuels, particulièrement dans une partie du clergé séculier et régulier, qui, à l’étude de la doctrine sociale de l’Eglise, a souvent préféré celle des idéologies athées, existentialiste, marxiste, freudiste etc. Au niveau des familles chrétiennes, qui ont incité leurs enfants à faire de bonnes études pour se faire une bonne situation. Le matérialisme pratique des uns, le matérialisme idéologique des autres, même si ce dernier est badigeonné d’un enduit d’apparence évangélique, ont contribué à brouiller l’écoute de la voix du successeur de Pierre, qui ne suscite plus chez certains qu’indifférence voire hostilité. Il est surprenant de voir comment la notion de nature humaine et donc d’ordre naturel et de loi naturelle est aujourd’hui ignorée, incomprise voir combattue par ceux-là mêmes qui devraient s’en faire les promoteurs. Il est à noter que la réponse ecclésiale à ce phénomène est le développement sans précédent de l'anthropologie chrétienne, comme remède.

Témoignage personnel

 
Vous me permettrez de donner un témoignage personnel. Avant de rentrer au séminaire en 1996, j’ai travaillé quarante ans dans des domaines variés, recherche, développement, production, gestion, relations humaines, enseignement supérieur et finalement conseil aux entreprises. Tout au long de cette vie professionnelle, j’ai d’abord étudié puis appliqué la doctrine sociale de l’Eglise. Je n’ai jamais prononcé le mot « doctrine sociale de l’Eglise », pour ne pas provoquer inutilement de réactions de rejet. Je me suis servi de tous les arguments de la raison, faisant appel, sans le dire, à cette loi naturelle que le Seigneur a inscrite dans la conscience de chacun. Je peux témoigner, que l’adhésion chez les personnes de bonne volonté a toujours été au rendez-vous : la seule condition étant, bien sûr, de faire ce que l’on dit et de respecter inconditionnellement la personne de l’autre. Ajoutez-y l’amitié, le sourire, la disponibilité, l’esprit de service, l’écoute, et vous verrez les résultats en termes d’union, d’épanouissement, d’initiative et d’efficacité tranquille, sans pression inutile.

Et si on s’y mettait ?

 
Dans l’encyclique « Mater et magistra », la première de son pontificat, le bienheureux pape Jean XXIII , nous disait aux numéros 229 à 231 : « Il est donc d’une extrême importance que nos fils ne soient pas seulement instruits de la doctrine sociale de l’Eglise, mais encore formés selon ses principes. Pour être complète, l’éducation chrétienne doit s’étendre aux devoirs de tout ordre ; elle doit donc former les fidèles à agir conformément aux enseignements de l’Eglise dans le domaine économique et social » et plus loin « nous estimons que cette éducation sera insuffisante si, à côté du maître, le disciple n’y prend pas une part active et si, à l’enseignement théorique, ne se joint pas l’expérience de la pratique. » On ne saurait mieux dire. Dommage que la voix du bon pape Jean n’ait pas été plus entendue. Peu nombreux sont les jeunes qui dans les écoles catholiques de nos pays développés ont entendu parler de cet enseignement social. Il en est, hélas ! de même dans beaucoup de séminaires. Et si on s’y mettait ?

La doctrine sociale de l’Eglise est un trésor pour l'Eglise dans le monde de ce temps.

Loi naturelle : le concile Vatican II et les hommes de bonne volonté.
 
Parallèlement le consumérisme, l’esprit de jouissance, le culte de l’argent et des biens matériels qu’il procure, ont envahi le monde anciennement chrétien et la charité du plus grand nombre s’est refroidie. Ceux qui l’ont appliquée le savent bien, la doctrine sociale de l’Eglise est un trésor, elle permet à ceux qui en sont nourris de ne pas avoir d’incohérence dans leur vie, du style « chrétien à la maison » et « tout autre dans la vie professionnelle économique, sociale et politique. »

Nous pouvons donc maintenant, au terme de cette causerie, répondre à la question que nous nous étions posé au début de notre parcours sur la loi naturelle : l’Eglise a-t-elle des chances d’être entendue, quand elle s’adresse aux responsables économiques, sociaux et politiques ? et en tout cas à quelles conditions ? Première réponse : peu nombreux sont ceux qui nient actuellement la cohérence et la pertinence du langage que tient l’Eglise, par la voix du Pape et du collège épiscopal uni au Pape, en matière économique, social et politique. Le succès des voyages apostoliques de Jean-Paul II, y compris dans les régions difficiles que le Moyen-Orient en donne la preuve.

Mais ce langage a besoin d’être crédibilisé par l’action pertinente des catholiques dans le monde des affaires temporelles. Le point de départ, c’est toujours la sainteté personnelle de ceux qui s’y engagent. Robert Schuman a été le Père de l’Europe et, s’il a réussi à faire passer ses convictions, c’est d’abord parce que sa vie personnelle était exemplaire : la cause de sa béatification est d’ailleurs en route.

En second lieu, il faut s’être formé à l’enseignement social de l’Eglise et à sa mise en application, comme nous l’a indiqué Jean XXIII.

Et en troisième lieu, il faut être capable de convaincre des non-chrétiens de s’engager à nos côtés et là, seuls les arguments raisonnables basés sur la loi naturelle, permettent d’y parvenir avec le secours d’une bonne qualité de communication. On peut donc fonder de légitimes espoirs sur l’accueil de la doctrine sociale de l’Eglise par les hommes de bonne volonté, dans la logique du Concile Vatican II et de sa manière de s'adresser à ces hommes de bonne volonté : c'est tout l'apport de la constitution Gaudium et Spes, l'Eglise dans le monde de ce temps. Il est donc capital que les catholiques se mobilisent. « Duc in altum ».

Père Y. Bonnet
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