Père Yannik Bonnet

La mariologie à l’honneur.



La mariologie devait-elle être présentée dans un texte indépendant, ou être intégrée dans la Constitution sur l’Eglise ?

icône : La Vierge Marie, signe dans le ciel -Signum Magnum- montre dans les Ecritures ce qui la concerne.
icône : La Vierge Marie, signe dans le ciel -Signum Magnum- montre dans les Ecritures ce qui la concerne.
Voici, pour mieux comprendre la position du Concile, le récit du Cardinal Ratzinger dans son livre " Marie Première Eglise "  ( Cardinal Joseph Ratzinger et H. Urs Von Balthasar, p 18 et 19, Médiaspaul, 1998) sur l’enjeu et les difficultés rencontrées durant le Concile à propos de la Mariologie :

 
" Dans ce drame, le célèbre vote du 29 octobre 1963 revêt la signification d’une ligne spirituelle de partage des eaux. La question qui se posait était la suivante : la mariologie devait-elle être présentée dans un texte indépendant, ou être intégrée dans la Constitution sur l’Eglise ? Par là, il fallait déterminer l’importance et le rapport des deux courants de la piété et ainsi donner la réponse décisive à la situation interne de l’Eglise. Les deux partis déléguèrent comme rapporteurs des hommes jouissant d’une grande influence, pour obtenir l’adhésion de toute l’assemblée : le cardinal König parla pour l’intégratio des textes, qui devait signifier en fait une pré-éminence de la piété et de la théologie liturgigues et bibliques ; le cardinal Rufino Santos de Manille plaida pour l’indépendance de l’élément marial.

Le vote montra pour la première fois, avec un rapport de 1114 voix à 1074 voix, un partage de l’assemblée en deux groupes presque d’égale grandeur. Toujours est-il que la partie des pères conciliaires marquée par le mouvement liturgique et biblique avait remporté une victoire, assez mince, à vrai dire-, et par là apporté une décision dont l’importance devait être d’une signification difficilement sousestimable.

Du point de vue théologique, on doit incontestablement donner raison à la majorité conduite par le cardinal König. Si l’on ne doit pas considérer les deux mouvements charismatiques séparément ( le cardinal Ratzinger entend par cette expression le fait que les deux mouvements étaient mus par l’Esprit), mais les regarder comme complémentaires, une intégration s’imposait, qui , sans doute, ne devait pas être une absorption de l’un par l’autre. L’ouverture intérieure de la piété et de la théologie bibliques, liturgique et patristique sur l’élement marial avait été , dans les années postérieures à la seconde guerre mondiale, présentée d’une manière convaincante avant tout par les travaux de Hugo Rhaner, A. Müller, K. Delahaye, R. Laurentin, O. Semmeroth ; dans ces travaux, on trouvait réalisé un approfondissement des deux directions jusqu’à leur point de rencontre et à partir duquel elles gardent pourtant leur marque particulière et pouvaient la développer fructueusement." 

Par la suite, ces difficultés rencontrées autour du schéma initial sur la Vierge Marie, et , on peut le dire, heureusement conclues avec la promulgation de Lumen Gentium, ainsi que les remous suscités par la proclamation de Marie Mère de l’Eglise, ont eu des conséquences bénéfiques, à commencer par le travail du magistère ordinaire qui s’en est suivi avec l’encyclique Christi Mater de Paul VI ( 1966) et de ses deux exhortations apostoliques, Signum Magnum ( 1967) et Marialis Cultus ( 1974). 

Extrait de l’introduction de l’encyclique Signum Magnum. La référence christologique et biblique constante annonce le travail théologique des années suivantes.

Marie, toujours en référence aux Ecritures
Marie, toujours en référence aux Ecritures
 
"Nous gardons encore, vénérables frères, le souvenir très vif de la grande émotion que Nous avons éprouvée lorsque, au terme de la 3e du IIe Concile œcuménique du Vatican, après la promulgation solennelle de la Constitution dogmatique Lumen Gentium (3), Nous avons proclamé l’auguste Mère de Dieu, Mère spirituelle de l’Église, c’est-à-dire de tous les fidèles et des pasteurs sacrés. Grande fut également la joie aussi bien des très nombreux Pères conciliaires que des fidèles présents à cette cérémonie dans la basilique de saint Pierre, ainsi que de tout le peuple chrétien dans le monde entier. Beaucoup alors évoquèrent spontanément le souvenir du premier triomphe grandiose de l’humble Servante du Seigneur (4), lorsque les Pères de l’Orient et de l’Occident, réunis au Concile œcuménique d’Ephèse, en 431, saluèrent Marie du titre de Theotokos : Mère de Dieu. Dans un joyeux élan de foi, la population chrétienne de l’illustre cité s’associa à la joie des Pères et les accompagna à leurs demeures avec des flambeaux. En cette heure glorieuse de l’histoire de l’Église, quel affectueux regard maternel la Vierge Marie n’aura-t-elle pas porté sur les pasteurs et fidèles, reconnaissant dans les hymnes de louange s’élevant principalement en l’honneur de son Fils, et ensuite en son honneur à elle, l’écho du Cantique prophétique qu’elle-même avait chanté au Très-Haut, sous l’inspiration du Saint-Esprit : Mon âme exalte le Seigneur parce qu’il a jeté les yeux sur son humble servante. Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse, car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses (5)."

Extrait de l’exhortation Marialis Cultus, de Paul VI : illustration du re-centrage constant sur le Christ de toute la mariologie.

"Le développement, que Nous souhaitons, de la dévotion envers la Vierge Marie, dévotion qui, Nous l’avons dit plus haut, s’insère au centre du culte unique appelé à bon droit chrétien — car c’est du Christ qu’il tire son origine et son efficacité, c’est dans le Christ qu’il trouve sa pleine expression et c’est par le Christ que, dans l’Esprit, il conduit au Père —, est un des éléments qui qualifient la piété authentique de l’Eglise. Par nécessité intime, en effet, celle-ci reflète dans la pratique du culte le plan rédempteur de Dieu : à la place toute spéciale que Marie y a tenue correspond un culte tout spécial envers elle ; de même chaque développement authentique du culte chrétien entraîne nécessairement un accroissement proportionné de vénération pour la Mère du Seigneur."

Marie et Jésus unis : Redemptoris Mater, de Jean-Paul II

La mariologie à l’honneur.
Ce travail a été amplifié par le Pape Jean-Paul II avec l’encyclique Redemptoris Mater ( 1987), la lettre apostolique Mulieris Dignitatem ( 1988) et toute la catéchèse mariale effectuées lors des audiences générales du mercredi de septembre 1995 à novembre 1997. (Jean-Paul II, Marie dans le mystère du Christ et de l’Eglise, Parole et silence, 1998.)


Voici le deuxième paragraphe de Redemptoris Mater  qui souligne cette union de Marie et de son Fils et résume la position des papes et du Concile, de la foi constante de l'Eglise :

2. Soutenue par la présence du Christ (cf. Mt 28, 20), l'Eglise marche au cours du temps vers la consommation des siècles et va à la rencontre du Seigneur qui vient; mais sur ce chemin -et je tiens à le faire remarquer d'emblée- elle progresse en suivant l'itinéraire accompli par la Vierge Marie qui «avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l'union avec son Fils jusqu'à la Croix».
 
Je reprends les paroles si denses et si évocatrices de la Constitution Lumen gentium, qui présente, dans sa conclusion, une synthèse remarquable de la doctrine enseignée par l'Eglise sur le thème de la Mère du Christ qu'elle vénère comme sa Mère très aimante et son modèle dans la foi, l'espérance et la charité. Quelques années après le Concile, mon grand prédécesseur Paul VI voulut reparler de la Vierge très sainte, exposant dans l'encyclique Christi Mater, puis dans les exhortations apostoliques Signum Magnum et Marialis Cultus, les fondements et les critères de la vénération unique que reçoit la Mère du Christ dans l'Eglise, et également les différentes formes de la dévotion mariale - liturgiques, populaires ou privées- correspondant à l'esprit de la foi.
 
Ainsi, par le magistère des papes, la mariologie est à l’honneur, Marie étant toute relative à son divin Fils.

Père Y. Bonnet
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