Père Yannik Bonnet

La Parabole du Fils prodigue par Jean-Paul II.

Un magnifique texte à méditer pour Vendredi Saint, avant la semaine de la Divine Miséricorde.



La Parabole du Fils prodigue par Jean-Paul II.

Du frère qui était perdu...
 

«Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père: "Père, donne-moi la part de fortune qui me revient"», raconte Jésus en décrivant la dramatique histoire de ce jeune: le départ de la maison paternelle vers l'aventure, le gaspillage de tous ses biens dans une vie dissolue et vide, les jours sombres de l'éloignement et de la faim, mais plus encore de la dignité perdue, de l'humiliation et de la honte, et enfin la nostalgie de sa maison, le courage d'y revenir, l'accueil du père. Celui-ci n'avait certes pas oublié son fils, il lui avait même conservé intactes son affection et son estime. Aussi l'avait-il toujours attendu, et maintenant il l'embrasse, tout en donnant le signal de la grande fête du retour de «celui qui était mort et qui est revenu à la vie, qui était perdu et qui a été retrouvé».

L'homme - tout homme - est ce fils prodigue: séduit par la tentation de se séparer de son Père pour vivre dans l'indépendance sa propre existence; tombé dans la tentation; déçu par le vide qui, comme un mirage, l'avait fasciné; seul, déshonoré, exploité alors qu'il cherche à se bâtir un monde entièrement à soi; travaillé, même au fond de sa misère, par le désir de revenir à la communion avec son Père. Comme le père de la parabole, Dieu guette le retour du fils, l'embrasse à son arrivée et prépare la table pour le banquet des retrouvailles où le Père et les frères célèbrent a reconciliation.

Ce qui frappe le plus dans la parabole, c'est l'accueil de fête et d'amour du père à son fils qui revient, signe de la miséricorde de Dieu, toujours prêt à pardonner. Disons-le tout de suite: la réconciliation est principalement un don du Père céleste.

 

... au frère resté à la maison

6. Mais la parabole met aussi en scène le frère aîné qui refuse de prendre sa place au banquet. Il reproche à son jeune frère ses égarements, et à son père l'accueil qu'il lui a réservé alors qu'à lui-même, sobre et travailleur, fidèle à son père et à sa maison, jamais il n'a été accordé - dit-il - de festoyer avec ses amis. C'est là un signe qu'il ne comprend pas la bonté de son père. Tant que ce frère, trop sûr de lui-même et de ses mérites, jaloux et méprisant, rempli d'amertume et de colère, ne s'est pas converti et réconcilié avec son père et son frère, le banquet n'est pas encore pleinement la fête de la rencontre et des retrouvailles.

L'homme - tout homme - est aussi ce frère aîné. L'égoïsme le rend jaloux, endurcit son cœur, l'aveugle et le ferme aux autres et à Dieu. La bonté et la miséricorde du père l'irritent et le contrarient; le bonheur du frère retrouvé a pour lui un goût amer(21). C'est aussi de ce point de vue qu'il a besoin de se convertir pour se réconcilier.

La parabole du fils prodigue est avant tout l'histoire ineffable du grand amour d'un Père - Dieu - qui offre à son fils, revenu à lui, le don de la pleine réconciliation. Mais en évoquant, sous la figure du frère aîné, l'égoïsme qui divise les frères entre eux, elle devient aussi l'histoire de la famille humaine; elle décrit notre situation et montre le chemin à parcourir. Le fils prodigue, dans son ardent désir de conversion, de retour dans les bras de son père et de pardon, représente ceux qui ressentent au fond de leur conscience la nostalgie d'une réconciliation à tous les niveaux et sans réserve, et qui sont intimement persuadés qu'elle n'est possible que si elle découle d'une réconciliation première et fondamentale, celle qui, de l'éloignement où il se trouve, amène l'homme à l'amitié filiale avec Dieu dont il reconnaît la miséricorde infinie. Mais, lue dans la perspective de l'autre fils, la parabole peint la situation de la famille humaine divisée par les égoïsmes, elle met en lumière la difficulté de satisfaire le désir et la nostalgie d'être d'une même famille réconciliée et unie, et elle rappelle donc la nécessité d'une profonde transformation des cœurs pour redécouvrir la miséricorde du Père et pour vaincre l'incompréhension et l'hostilité entre frères.

A la lumière de cette inépuisable parabole de la miséricorde qui efface le péché, l'Eglise, accueillant l'appel qu'elle contient, comprend sa mission d'œuvrer, à la suite du Seigneur, pour la conversion des cœurs et la réconciliation des hommes avec Dieu et entre eux, ces deux réalités étant intimement liées.



Voir aussi : Prier pour l'unité des...Catholiques, par le père Bonnet.


La Parabole du Fils prodigue par Jean-Paul II.
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