Père Yannik Bonnet

L'aumône : une réflexion pour le carême. Père Y. Bonnet

Le carême nous encourage à nous sanctifier par la prière, le jeûne et l'aumône. Cette dernière n'est pas toujours facile à " faire", car en réalité, elle n'est pas quelque chose que l'on fait sans réfléchir si on veut faire vraiment le bien. On peut se poser des questions comme : comment réagir face au nombre croissant de pauvres dans la rue ? Ne risque t-on pas d’encourager l’assistanat en leur donnant de l’argent ? N’est ce pas les encourager à le dépenser en boisson ?



Donner ou ne pas donner ?

L'aumône : une réflexion pour le carême. Père Y. Bonnet
Certes, il y a une grande différence entre donner à quelqu’un qui fait la manche dans la rue et secourir quelqu’un qui vient vous voir chez vous, que vous avez - et prenez - le temps d’écouter, ou quelqu’un que vous allez visiter parce que vous connaissez sa situation et ses difficultés.
Nous avons tous en mémoire des anecdotes, qui peuvent nous décourager de donner de l’argent à quelqu’un qui mendie. Un jour, pendant que j’étais séminariste à Rome, un homme à l’allure de clochard m’accoste dans la rue pour me demander de l’argent. Nous étions à deux pas d’une boulangerie, qui offrait, outre le pain et les viennoiseries classiques, d’excellents sandwichs. J’offre donc à cet homme d’entrer avec lui dans ce magasin et de lui payer ce qu’il désirait comme viatique : je me suis fait copieusement insulter. Il m’arrive de voir des hommes jeunes faire distraitement la manche tout en étant captivés par une longue conversation avec le moyen d’un élégant téléphone portable : cela n’encourage pas bien fort à faire l’aumône.
 

Avec son coeur ou avec sa raison?

La question qui reste posée est que l’on ne sait jamais si l’on a affaire à d’authentiques pauvres, à des professionnels de la mendicité ou à des personnes contraintes par d’autres à cette mendicité. En outre, il faut savoir qu’on ne peut pas toujours ordonner, canaliser notre affectif. Or, affectivement parlant, ne pas s’arrêter pour prendre contact ou ne pas donner à quelqu’un qui, par son discours, son écrit ou son attitude, fait part d’une détresse réelle ou…simulée, est toujours difficile. C’est la raison pour laquelle il nous arrive de donner sans nous arrêter et sans chercher à savoir le bien ou le mal fondé de notre geste. Cela m’arrive à moi-même suffisamment de fois pour je me garde bien d’accuser ceux qui le font comme moi, de vouloir se donner bonne conscience.

Donner comme on peut!

Un de mes amis, retraité après une longue carrière dans la police, me déconseille fortement de donner ainsi dans le métro, dans la rue ou dans les gares. Il est lui-même plongé jusqu’au cou dans les organisations de secours aux personnes en grande difficulté et engagé dans l’Eglise à ce titre. Son expérience professionnelle antérieure le conduit à penser que les « vrais pauvres » font très rarement la manche, qu’ils sont trop occupés à chercher à sortir de la misère en se démenant ou qu’ils l’assument péniblement dans la solitude. Lui, préfère recommander d’aider les conférences de St Vincent de Paul, Emmaüs ou le Secours Catholique, et autres organisations caritatives par notre action ou nos dons. Il a probablement raison, mais l’expérience m’a montré que je ne suis pas toujours ses conseils. J’essaie simplement, quand la compassion, peut être trop affective, me pousse à donner, d’y ajouter le sourire, une parole, et mentalement, une recommandation par la prière de la personne en question, à la bonté du Ciel. Ce n’est  certainement pas une position ni un comportement forcément adéquats, mais nous ne lisons pas dans le cœur des autres comme le Christ , ou comme les grands saints et nous agissons bien comme nous le pouvons, avec nos limites et nos conditionnements psychologiques et sociaux.

Donner et agir aussi sur les causes profondes.

L'aumône : une réflexion pour le carême. Père Y. Bonnet
Reste que la pauvreté croissante dans des pays globalement riches est inacceptable, que l’assistanat, a fortiori par l’Etat-providence, n’est pas une bonne solution et qu’il faut s’attaquer à ses causes profondes, la misère spirituelle, morale et culturelle des familles, ce qui implique que l’on fasse tout pour la pérennité de la cellule familiale. C’est sur ce chantier que tous les catholiques doivent se mobiliser, chacun avec ses charismes et ses possibilités, dans la vie politique, associative et ecclésiale. le fondement de l'aumône, c'est l'amour. Son application dans la société, c'est le principe de destination universelle des biens temporels. Le catéchisme de l'Eglise catholique nous le rappelle :

I. La Destination universelle et la propriété privée des biens
 
2402 Au commencement, Dieu a confié la terre et ses ressources à la gérance commune de l’humanité pour qu’elle en prenne soin, la maîtrise par son travail et jouisse de ses fruits (cf. Gn 1, 26-29). Les biens de la création sont destinés à tout le genre humain. Cependant la terre est répartie entre les hommes pour assurer la sécurité de leur vie, exposée à la pénurie et menacée par la violence. L’appropriation des biens est légitime pour garantir la liberté et la dignité des personnes, pour aider chacun à subvenir à ses besoins fondamentaux et aux besoins de ceux dont il a la charge. Elle doit permettre que se manifeste une solidarité naturelle entre les hommes.
 
2403 Le droit à la propriété privée, acquise ou reçue de manière juste, n’abolit pas la donation originelle de la terre à l’ensemble de l’humanité. La destination universelle des biens demeure primordiale, même si la promotion du bien commun exige le respect de la propriété privée, de son droit et de son exercice.
 
2404 " L’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aux autres " (GS 69, § 1). La propriété d’un bien fait de son détenteur un administrateur de la Providence pour le faire fructifier et en communiquer les bienfaits à autrui, et d’abord à ses proches.
 
2405 Les biens de production – matériels ou immatériels – comme des terres ou des usines, des compétences ou des arts, requièrent les soins de leurs possesseurs pour que leur fécondité profite au plus grand nombre. Les détenteurs des biens d’usage et de consommation doivent en user avec tempérance, réservant la meilleure part à l’hôte, au malade, au pauvre.


Donner par amour, sans se mettre en valeur dans notre société médiatique.

Nous terminons par un extrait d'un message de carême du pape Benoît XVI sur l'aumône :

"L’Évangile met en lumière un aspect caractéristique de l’aumône chrétienne : elle doit demeurer cachée. « Que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite », dit Jésus, « afin que ton aumône se fasse en secret » (Mt 6, 3-4). Et juste avant, il avait dit qu’il ne faut pas se vanter de ses bonnes actions, pour ne pas risquer d’être privé de la récompense céleste (cf. Mt 6, 1-2). La préoccupation du disciple est de tout faire pour la plus grande gloire de Dieu. Jésus avertit : « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5, 16). Ainsi, tout doit être accompli pour la gloire de Dieu et non pour la nôtre. Ayez-en conscience, chers frères et sœurs, en accomplissant chaque geste d’assistance au prochain, tout en évitant de le transformer en un moyen de se mettre en évidence. Si, en faisant une bonne action, nous ne recherchons pas la gloire de Dieu et le vrai bien de nos frères, mais nous attendons plutôt en retour un avantage personnel ou simplement des louanges, nous nous situons dès lors en dehors de l’esprit évangélique. Dans la société moderne de l’image, il importe de rester attentif, car cette tentation est récurrente. L’aumône évangélique n’est pas simple philanthropie : elle est plutôt une expression concrète de la charité, vertu théologale qui exige la conversion intérieure à l’amour de Dieu et des frères, à l’imitation de Jésus Christ, qui, en mourant sur la Croix, se donna tout entier pour nous. Comment ne pas rendre grâce à Dieu pour les innombrables personnes qui, dans le silence, loin des projecteurs de la société médiatique, accomplissent dans cet esprit des actions généreuses de soutien aux personnes en difficulté ? Il ne sert pas à grand chose que de donner ses biens aux autres si, à cause de cela, le cœur se gonfle de vaine gloire : voilà pourquoi celui qui sait que Dieu « voit dans le secret » et dans le secret le récompensera, ne cherche pas de reconnaissance humaine pour les œuvres de miséricorde qu’il accomplit." Messages pour le carême, Benoît XVI
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