Père Yannik Bonnet

Jeûne et prière...en vacances ?



Rechercher l'essentiel, ce n'est pas interdit en temps de vacances !

Quelle est l’importance du jeûne ? Cette question s’inscrit dans le champ de l’interrogation capitale : « Qu’y a-t-il d’important dans la vie de l’homme ? ». La réponse du Christ est sans ambiguïté, c’est de parvenir, après la vie terrestre, au bonheur éternel pour lequel il a été créé. À plusieurs reprises le Christ avertit les foules : « Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? » (Mt 16, 26). Le jeune homme riche, qui vient demander à Jésus comment y parvenir, a parfaitement assimilé l’importance de l’objectif. Il montre qu’il a compris la nécessité du respect de la Loi morale, reçue par Moïse sur le Sinaï, mais qu’il a encore à faire du chemin pour se détacher des biens matériels. Dès le début de sa prédication, le Christ a proclamé la loi d’amour, celle des Béatitudes, qui accomplit la Loi mosaïque sans en retrancher une lettre ni une virgule. Il enchaîne sur les pratiques bien connues des Juifs, qu’il qualifie de « bonnes actions », la prière, l’aumône et justement… le jeûne. Il précise qu’il ne faut pas s’y adonner pour se faire remarquer mais au rebours, dans la discrétion : « Ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (Mt 6, 4).

L’Église a bien compris que ces bonnes pratiques sont à conserver en mettant la prière au premier rang bien évidemment, cette « respiration de l’âme » qui est l’expression de la vertu théologale d’espérance, comme le Catéchisme de ­l’Église catholique le développe dans la quatrième partie. Dans les Actes des Apôtres, on voit la première communauté chrétienne assidue à la prière et dévouée à l’aide aux plus démunis. Quant à saint Paul, il donne l’exemple d’une vie ascétique, où les privations sont omniprésentes. La pratique du jeûne relève de cette ascèse, que l’École de spiritualité française du XVIIe siècle, si chère à Jean-Paul II, recommandera pour le renouveau catholique, issu du concile de Trente, après la grande dégringolade des XIVe, XVe et deux premiers tiers du XVIe siècles. 



La prière au premier rang..des occupations estivales ?

Photo article Pelerin : goum, 8 jours de marche dans le désert pour s'unifier
Photo article Pelerin : goum, 8 jours de marche dans le désert pour s'unifier
On parle d'ordinaire du jeûne en période de carême, temps privilégié pour une piqure de rappel. Cependant, on voit de plus en plus de vacanciers chercher une forme de vacances qui tourne vers l'essentiel, qui permette de fermer les portables, de se retirer du rythme effréné de la consommation obligatoire...revenir à l'essentiel est une forme de jeûne. En témoigne les nombreux pèlerins de Saint Jacques de Compostelle, qui font le Camino en allégeant les bagages, mais aussi l'esprit et le coeur. Ou bien les Goums, marche dans le désert avec pour nourriture du riz et la Parole de Dieu. L'été aussi, on peut jeûner.

Grandir dans la vie spirituelle en allégeant le reste.

Pèlerin(e)s de Saint Jacques dans les rues du Puy en Velay.
Pèlerin(e)s de Saint Jacques dans les rues du Puy en Velay.
  Le jeûne est une privation volontaire dans le domaine des appétits charnels, qui témoigne que celui ou celle qui s’y adonne a le souci de grandir dans la vie spirituelle, en se détachant de tout ce qui peut devenir envahissant et même prépondérant dans la vie terrestre, le ventre et le bas-ventre. « Ne soyez pas comme les païens », a dit le Christ, « qui disent sans cesse : “Que mangerons-nous ?” » (cf. Mt 6, 31-32).

Se priver du plaisir que donne la nourriture en période de carême, c’est faire un acte de volonté, qui vise à remettre les besoins du corps à leur place qui n’est pas la première. Les besoins de l’âme sont prioritaires, « Dieu premier servi » disait Jeanne d’Arc. Chaque fois que la Sainte Vierge est apparue depuis deux siècles, son message était prière et pénitence et elle a souvent recommandé le jeûne. Ce n'est pas réservé au carême. Pourquoi ne pas profiter aussi de la détente des vacances pour mettre en premier les besoins de l'âme ?

Crise, sobriété, jeûne et partage...en vacances.

Jeûne et prière...en vacances ?
 La société de consommation est aux antipodes, fondée sur la satisfaction du plaisir, qui devient une tyrannie. La fête de l’Immaculée Conception était célébrée à Lyon, il y a quarante ans, avec une réelle ferveur. Elle est devenue la fête des lumières et la célébration des gourmandises lyonnaises ! Il est temps de se rappeler la phrase du Christ : « Il y a des démons, que l’on ne chasse que par la prière et par le jeune ». La crise va peut-être nous  ramener dans la douleur des privations subies à plus de sobriété, de partage et de redécouverte de la joie d’un détachement voulu et offert par amour à notre Dieu. Les vacances de beaucoup sont redevenues plus sobres par la force des choses, sont-elles plus malheureuses ? Quels sont nos choix de détente, nos redécouvertes de plaisirs simples, de temps conviviaux et familiaux sans nécessairement dépenser une fortune ? Qui avons-nous invité pour les vacances, avec qui avons nous partagé un picnic improvisé, quelle retraite en un monastère lumineux et dépouillé avons-nous fait qui nous a laissé plus heureux qu'un voyage luxueux ?
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