Père Yannik Bonnet

Impardonnable !...???

Doit-on tout pardonner? Suite...



« Ah, ceci, je ne pourrai jamais le pardonner ! »

Jean-Paul II pardonnant à celui qui a tenté de l'assassiner.
Jean-Paul II pardonnant à celui qui a tenté de l'assassiner.
Depuis que je suis devenu prêtre (moins de douze ans), j’ai souvent entendu, y compris en confession, des fidèles s’exclamer : « Ah, ceci, je ne pourrai jamais le pardonner ! ». Certains ajoutaient : « Dieu peut-Il vraiment l’exiger ? ». La réponse du Christ est formelle et elle est inscrite dans le Notre Père : Mon Père est prêt à tout vous pardonner, si vous pardonnez à votre prochain. Mais le Christ nous donne une clef de compréhension vers la fin de sa vie publique, avec l’épisode du jeune homme riche. À ses Apôtres, qui lui demandent : « Mais alors, qui peut être sauvé ? », Il répond : « À l’homme, c’est impossible, mais pour Dieu, tout est possible » (Mc 10, 27).

Un pardon spirituel qui vient du Christ et dépasse notre psychologie humaine.

Voilà la réponse, dont nous avons besoin. À l’homme, sans la grâce divine, il peut être au-dessus de ses forces de pardonner une trahison, des maltraitances répétées, des agressions sexuelles, la perte de son innocence d’enfance par contamination scandaleuse, le rapt, la torture, le terrorisme, etc. Le Christ confirme : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5), et surtout pas pardonner, qui est le sommet de l’amour authentique. 

" Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font".

Impardonnable !...???
À saint Paul, qui se plaint d’une faiblesse, qu’un esprit du Mal exploite au mieux pour l’humilier, le Christ, par trois fois, lui rétorque : « Ma grâce te suffit » (2 Co 12, 9). Il y a donc un cheminement à opérer, pour que cette grâce vienne à notre secours et nous ouvre au pardon. Dès le début de sa prédication, le Seigneur nous montre la voie : « Moi, je vous dis, aimez vos ennemis » (Mt 5, 44). La difficulté présente pour une bonne compréhension de cette petite phrase, c’est la confusion entre l’amour authentique, volonté de faire le Bien de l’autre, et le sentimentalisme, comme le dit Benoît XVI, dans Caritas in Veritate. En effet, le Christ ne nous dit pas de déborder d’affection pour nos bourreaux mais de leur vouloir le Bien, c’est-à-dire de prier pour leur conversion et leur salut éternel. C’est d’ailleurs ce que Lui-même fait sur la Croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34).

Acte objectif d'amour, gratuit.

Sainte Claudine Thevenet
Sainte Claudine Thevenet
C’est pourquoi je dis à mes interlocuteurs : Faites l’expérience, prenez la décision par pur acte de volonté de prier pour la conversion et le salut d’une personne, qui a commis à votre endroit un acte humainement impardonnable. Ne cherchez absolument pas à y mettre du sentiment. Le Christ, l’Évan­gile nous le dit, a ressenti de la tristesse et de l’indignation, face aux attaques piégeuses des Pharisiens mais, jusqu’au bout Il a prié pour leur conversion et leur salut. Alors imitez-Le, vous devez le faire, vous pouvez le faire. Je vous garantis le résultat : Dieu verra cet acte objectif d’amour et Il vous le rendra en procurant une paix intérieure, qui cicatrisera les blessures causées par celui qui vous a fait du mal. Vous serez passé en quelque sorte au-dessus de votre sensibilité par cet acte de volonté et Dieu guérira votre âme sensible s'il le désire dans sa partie psychologique, mais, surtout, dans ce qui est plus important, en vous sanctifiant. Il est important ici de noter que le pardon spirituel apporte la paix et la sanctification, mais pas forcément la guérison psychologique.( Sainte Claudine Thévenet, qui avait vu assassiner ses frères à la révolution garda toute sa vie un tremblement de ses membres, mais pardonna de tout coeur). Le pardon est un acte gratuit, qui porte avant tout des fruits de sanctification, de guérison spirituelle ( disparition de la haine, du doute sur l'amour de Dieu), de résurrection spirituelle ( conversion des bourreaux, comme pour Sainte Maria Gorretti).

Tous ceux à qui j’ai donné ce conseil ont vérifié qu’en dépit d’une incontestable sécheresse de cœur, ils pouvaient s’obliger à prier un chapelet pour quelqu’un qui leur avait fait des misères graves. Et ils ont expérimenté la puissance de la grâce divine, qui a modifié leur ressenti et donné à leur pardon une profondeur, dont ils se croyaient incapables. À Dieu, rien d’impossible. 

Père Y. Bonnet

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