Père Yannik Bonnet

Divorcés-remariés : l'intervention du Cardinal Kasper vue par le cardinal Ricard ( et pas par les médias)



Divorcés-remariés : l'intervention du Cardinal Kasper vue par le cardinal Ricard ( et pas par les médias)
L'intervention du cardinal Kasper au cours du Consistoire des Cardinaux faut couler beaucoup d'encre, car le sujet est brûlant, douloureux et urgent.
Mais pour autant, faut-il jeter de l'huile sur le feu en discréditant le droit ecclésial sans le comprendre d'un côté, comme on voit dans de nombreuses réactions qui ignorent que le droit interne à l'Eglise Catholique repose sur la Miséricorde et sur la théologie de Vatican II, ce qui le rend fiable et souple bien plus qu'on ne pense? Pour se faire une idée plus paisible des solutions que l'Eglise possède déjà sur cette question primordiale et des solutions qu'elle envisage, on peut comparer l'article de la Croix ici, dont la lecture nous semble peut-être plus partielle que le compte-rendu d'un témoin et participant, le cardinal Ricard. 

Nous soulignons dans cette intervention du cardinal Ricard ce qui concerne les propositions du Cardinal Kasper. On peut constater que les médias cherchent à polémiquer alors que l'Eglise cherche à prendre soin au mieux de ses enfants. Le pape François multiplie les déclarations de miséricorde et de non-jugement sur ceux qui vivent l'échec de leur mariage, mais aussi il souligne ce qui permet de réussir un mariage, comme dans son intervention auprès des Fiancés : " Est-il possible de s'aimer pour toujours"? "  Comme le dit le cardinal Ricard, ainsi que le cardinal Kasper, il s'agit de prêter attention à ceux qui souffrent, sans se laisser enfermer dans la psychose de l'échec, afin que la Famille redevienne un lieu central d'évangélisation.

Le point de vue du Cardinal Ricard

Source Belgicatho.

Pour « Famille Chrétienne », Jean-Marie Dumont a interviewé le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux :

A Rome, le Consistoire extraordinaire qui réunissait à Rome quelque 150 cardinaux autour du thème de la famille vient de se terminer. Le récit du cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux. Le Consistoire s’est ouvert jeudi matin : quelle impression gardez-vous de ces premiers moments ?

 Le pape était à l’entrée de l’aula pour nous accueillir, nous serrer la main... C’est le style François ! Nous étions environ 150 cardinaux, avec à la fois des électeurs et des cardinaux de plus de 80 ans. Le pape a prononcé quelques mots d’introduction soulignant l’importance de la famille comme cellule de base de la société. Il a déclaré que la famille était aujourd’hui malmenée et qu’il fallait annoncer le message d’espérance de l’Eglise sur la famille, de façon constante, courageusement.

Les cardinaux ont ensuite pris la parole …

La première matinée a été occupée presque intégralement par une longue conférence sur la bonne nouvelle de la famille donnée par le cardinal Walter Kasper. Une conférence en deux temps, entrecoupée d’une pause café ! C’est une intervention que le pape lui avait demandée, en l’encourageant à poser des questions. C’est ce qu’il a fait, en particulier dans sa dernière partie. Le cardinal a bien rappelé qu’il ne s’agissait pas d’un document magistériel mais qu’il avait simplement pour but d’ouvrir des questions.

Pouvez-vous nous parler du contenu de cette intervention ?

Dans la première partie, plutôt classique, le cardinal a repris l’enseignement actuel du magistère sur le mariage : la famille dans l’ordre du créé ; les structures de péché au sein de la famille ; la famille dans l’ordre de la rédemption. C’était clair, précis. Un bon résumé de l’enseignement de l’Eglise. Puis sont venues deux parties plus innovantes : l’une concernait sur la famille comme Eglise domestique, comme lieu où la foi se vit, où l’on apprend à vivre en écoutant l’Evangile. Avec une dimension évangélisatrice. Je pense que creuser ces points et les expliquer pastoralement peut être d’un grand intérêt. Une autre partie concernait les divorcés remariés.

Quelles pistes de travail le cardinal Kasper a-t-il évoqué à ce sujet ?

Le cardinal a d’abord rappelé ce que dit l’Eglise, qui souligne l’impossibilité pour les chrétiens mariés à l’Eglise ayant contracté un nouveau mariage civil d’accéder à la pénitence et à la confession. Il a également proposé deux questions pouvant servir de piste de travail : faut-il simplifier les procédures de déclaration en nullité de mariage, qui sont souvent longues et complexes ; peut-on ouvrir un chemin pénitentiel pour des personnes civilement remariées qui remplissent certaines conditions, notamment : regretter l’échec de son premier mariage ; être dans une situation stable ; être dans une situation dont on ne peut pas sortir car des enfants sont nés de la 2e union ; avoir un véritable désir des sacrements, de transmettre la foi à ses enfants, de la porter aux autres ; accepter d’entrer dans un parcours d’accompagnement par l’Eglise, qui prendrait du temps. Il a précisé que cette idée ne concernerait pas la masse mais qu’elle pourrait permettre d’apporter certaines solutions à la diversité des situations.

D’autres cardinaux ont ensuite pris la parole …


C’est toujours un peu fastidieux car les interventions se succèdent les unes après les autres. 69 cardinaux ont pris la parole entre jeudi après-midi, vendredi matin et vendredi après-midi, soit un peu moins de la moitié. Le premier jour les interventions étaient limitées à 7 minutes mais cette durée a ensuite été limitée à 5 minutes. 30 secondes avant la fin, vous êtes averti par une sonnerie … Certaines interventions concernaient la situation de la famille dans l’ère géographique du cardinal concerné. Par exemple, dans certains pays, c’est la polygamie qui est un problème, beaucoup plus que les divorcés remariés. Le cardinal Luis Antonio Tagle a évoqué les familles philippines dont les pères sont souvent dispersés dans le monde pour le travail et qui communiquent parS kype… Beaucoup d’interventions ont concerné le procès canonique en nullité, certaines allant dans le sens d’une simplification de la procédure, d’autres soulignant l’importance de prendre du temps pour des questions aussi graves, de ne pas les brader. Il y a eu la suggestion qu’une commission travaille cette question. Des interventions ont porté sur la question des divorcés remariés.

Y avait-il des oppositions ou des tensions entre les cardinaux ?

Le climat était vraiment serein. Je n’ai pas senti de tension. Il y a des différences, des appréciations parfois divergentes. Mais les débats étaient sereins, avec une bonne écoute fraternelle. Les cardinaux sont véritablement d’accord sur l’essentiel. Deux choses doivent être tenues : d’une part, la fidélité à la parole du Christ qui a dit « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas », la grâce du mariage, le Christ qui s’engage à soutenir la fidélité du couple qui prend le chemin avec Lui. Il y a vraiment une volonté commune de ne pas revenir sur cet enseignement fondamental du Christ. D’autre part, le désir de prêter attention aux personnes, aux conditions des familles, souvent difficiles : pauvreté, migrations, santé, malnutrition, problèmes affectifs liés à l’essor du divorce, enfants qui souffrent de la désunion de leurs parents … Avec en arrière-plan une question : quelle bonne nouvelle de la famille pour ceux qui souffrent ?

Quel est le lien entre ces deux jours de travail menés par les cardinaux et ceux du Synode des évêques qui se tiendra au mois d’octobre ?

Personne ne sait très bien répondre à cette question… Je pense que le pape attendait de sentir le climat des questions. L’équipe du synode des évêques a pu identifier un certain nombre de points sensibles, à travailler. Cela a permis de formaliser un certain nombre de questions, ce qui est utile pour l’élaboration du document préparatoire au Synode (Instrumentum laboris). Mais on n’a pas d’indication plusprécise sur ce point. 

Y a-t-il pour vous des écueils à éviter, dans ces travaux sur la famille ?

Pour moi, l’une des questions est : comment prendre en compte la difficulté de certaines situations sans qu’elles monopolisent les discussions. Il me semble important d’aborder ces questions dans leur ensemble. 

Certains sujets, par exemple la famille comme lieu d’évangélisation, me semblent très importants. Il peut y avoir un risque de ne pas prendre tout le champ de la réflexion et de la restreindre. 

Mais je pense que le pape va garder le cap, en tenant compte des personnes qui ont connu l’échec mais sans s’enfermer dans cette préoccupation.

L’Evangile de la famille est beaucoup plus large que cela. Il ne faut pas nous laisser enfermer par la psychose de l’échec même si ces échecs existent. Nous sommes en effet porteurs d’une bonne nouvelle que nous avons à annoncer à tous, aux jeunes notamment, en les aidant à accueillir cette bonne nouvelle et à la vivre.

Comment le pape a-t-il eu l’idée d’organiser cette grande réflexion sur la famille ?

Le pape est revenu sur ce point à la fin du Consistoire. Il nous a raconté comment l’équipe de pilotage du synode lui avait proposé différents thèmes de travail dont celui-ci : « qu’est-ce que le Christ doit apporter à l’homme d’aujourd’hui ? ». Il a retenu son attention mais il a suggéré d’y ajouter « et à la famille ». Si bien que la famille est passée en quelque sorte au centre des réflexions. L’idée de ces travaux est donc de servir la bonne nouvelle du Christ pour la famille.

Et le Saint Esprit dans tout ça ?

Pendant ces deux jours, le pape est resté silencieux, a écouté. A la fin, pourtant, il a repris la parole, disant simplement que cette intuition de pouvoir réfléchir sur la famille lui paraissait être une intuition du Saint Esprit. Il est sûr que le Seigneur nous accompagne. Nous devons donc être dans une attitude de confiance, mais aussi de prière. On nous a d’ailleurs distribué une prière que nous avons dite, tous ensemble .

Réf. Consistoire sur la famille : le récit du cardinal Ricard

 

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